Dossier 10

Des fées aux pleureuses
Les figures de l’accompagnement, du berceau au tombeau

Sous la direction de Léonore Brassard et de Benjamin Gagnon Chainey

Capture d’écran de Celles qui survivent aux Hommes, Margot Mellet, 2022, vidéo.

Avant-propos

Léonore Brassard et Benjamin Gagnon Chainey

Études

Le fil des Moires

Michaël Ledig

Résumé / Abstract

Résumé : Cet article se propose d’examiner les représentations de la figure des Moires dans les épigrammes funéraires grecques. Notre parcours commencera par les plus anciennes représentations des Moires, celles que nous trouvons dans les épopées d’Homère, puis chez ses successeurs, représentés notamment par Hésiode et Pindare. Nous examinerons ensuite comment les épigrammatistes, dont la pratique poétique emprunte très largement à la poésie d’Homère et de ses successeurs, ont représenté les déesses du destin dans leurs compositions. Nous verrons ainsi que, si les épigrammatistes peignent les Moires sous leurs traits traditionnels, elles apparaissent sous un jour quelque peu différent lorsque les épigrammes funéraires sont dédiées à des enfants ou à de jeunes adultes. 

Abstract: This paper consists of a study of the representation of the Moirai in Greek funerary epigrams. We will first study the oldest representations of the Moirai, those we find in Homer’s epic poetry, then those in the poetry of his successors, represented in particular by Hesiod and Pindar. Afterward, we will examine how the epigrammatists, whose poetic practice follow to a great extent the poetry of Homer and his successors, represented the goddesses of fate in their compositions. Thus, we will be able to see that, if the epigrammatist painted the Moirai under their traditional features, they appear in a new light when the funeral epigrams are dedicated to children or to young adults.


Katherine Rondou

Résumé / Abstract

Résumé : Plusieurs écrivains contemporains redéfinissent le rôle de la sainte dans les rites mortuaires qui entourent la mort du Messie. Alors que des siècles de peinture religieuse nous ont transmis l’image d’une Madeleine en larme au pied de la croix, certains auteurs souhaitent plutôt souligner par l’absence de larmes le stoïcisme de leur héroïne ou, au contraire, sa profonde détresse psychologique. Parallèlement, la pleureuse supplante à plusieurs reprises la pénitente dans les évocations de la vie post-testamentaire de Marie Madeleine, qui apparaît davantage comme une veuve éplorée que comme une pécheresse repentie. Certains écrivains illustrent également par l’absence d’onguent au matin de Pâques la perspicacité de la sainte, pleinement confiante en l’accomplissement de la Résurrection. Le miracle rend évidemment la toilette mortuaire inutile. De même, l’onction de Béthanie, métaphore à la fois du sacre royal et de l’embaumement anticipé du Christ, retient régulièrement l’attention des écrivains contemporains, qui y voient le discernement de la jeune femme : elle comprend, avant les autres disciples, la nécessité de se préparer à la mort du Nazaréen. Marie-Madeleine accompagne le Christ à chaque étape de son voyage dans l’au-delà – vers la mort et la victoire sur la mort – et assume indubitablement le rôle de psychopompe. Il nous semble dès lors opportun d’interroger le rapport de Marie de Magdala à la mort du Christ dans la littérature occidentale des XXe et XXIe siècles, en raison des multiples évolutions du thème magdaléen que nous avons pu constater, particulièrement depuis les années 1980.

Abstract: Several contemporary writers redefine the role of the saint in the mortuary rites around the death of the Messiah. While centuries of religious painting have transmitted the image of a Mary Magdalene in tears at the foot of the cross, some authors rather emphasize her stoicism, or, on the contrary, her deep psychological distress. Moreover, the mourning woman often supplants the penitent in the evocations of the post-testamentary life of Mary Magdalene, who appears more as a grieving widow than as a repentant sinner. Some writers also illustrate the saint’s insight, fully confident in the fulfillment of the Resurrection, with the absence of ointment on Easter morning: the miracle obviously makes the mortuary toilet useless. In contrast, the anointing of Bethany, a metaphor for both the royal coronation and the anticipated embalming of Christ, regularly holds the attention of contemporary writers. Once again, the young woman’s discernment is put forward: she understands, before the other disciples, the need to prepare the death of the Nazarene. Mary Magdalene therefore accompanies Christ at every step of his journey into the hereafter – towards death and in victory over death – and undoubtedly assumes the role of psychopomp. In the light of those reinterpretations of the figure of Mary Magdalene, this article studies representations of Mary Magdalene in relation to Christ’ death in Western literature of the 20th and the 21st centuries, particularly since the 1980s.


Jérémy Champagne

Résumé / Abstract

Résumé : La Retraite sentimentale (1907) est le dernier texte dans la série originale des Claudine de Colette. Tombeau du mari, Renaud, mais aussi tombeau de la protagoniste éponyme, qui finira par se retirer parmi les animaux de sa maison d’enfance, le texte met en scène les faillites de l’accompagnement autant qu’il consolide le destin de ses personnages : celui de Claudine, la protagoniste-écrivaine, celui de son mari, et aussi, dans une moindre mesure, celui d’Annie et Marcel, avec qui elle partagera un huis clos dans la maison de la première, à Casamène. Fileuse de destins, la dernière Claudine prend tout en charge, dans cette impulsion testamentaire à préparer la mort. Pour cela, elle a tout d’une Parque ; en outre, elle sera veuve et, pour un bref épisode, entremetteuse : femme multiple de l’accompagnement, elle nous permet de sonder les liens entre destin et féminité tels qu’ils sont à l’œuvre chez Colette, en plus de comprendre ce qui se trame derrière la fin de Claudine.

Abstract: Retreat From Love (1907) is the last text in Colette’s initial Claudine series. Marking the death of the husband (Renaud) and putting an end to the adventures of its eponym – who “retreats” from the world in her childhood home –, this text acts as a meeting point for multiple failures in accompaniment as well as it consolidates its character’s fates: that of Claudine, the writing protagonist, that of her husband, but also that, to a lesser extent, of Annie and Marcel, the former’s house in Casamène serving as the backdrop for the greater part of the story. Claudine is a woman of multiple forms of accompaniment: taken by testamentary impulsions, she is a weaver of destiny, but she is also selectively a procuress and a widow. A modern Parca, this protean woman gives us special access to how fate and womanhood intertwine in Colette’s early work, as well as to the biographical motivations behind the last of Claudine.

Les voix étouffées et les espaces-temps du care

Jennifer Boum Make

Abstract / Résumé

Abstract: Le livre d’Emma (2001) by Marie-Célie Agnant recounts the story of Emma Bratte following the murder of her young daughter, Lola. Flore, who is also the narrator of the story, meets Emma at the psychiatric ward where she is confined: she is tasked with acting as an interpreter since Emma refuses to speak any language but Haitian Creole. It is during the sessions with Flore that Emma speaks of “la malédiction du sang”, a blood-borne curse originating with the slave trade and colonization. This generational curse refers to the oppression and exploitation that enslaved people were subjected to, related in particular to women’s reproductive labor, and the perpetuation of exploitative care into the present. As such, rather than read the infanticide as the result of Emma’s alleged madness, I read the commonly perceived violent act of infanticide as the signifier for the persistent defects of configurations of care giving and care receiving in colonial and postcolonial societies. 

Résumé : Le livre d’Emma (2001) de Marie-Célie Agnant raconte l’histoire d’Emma Bratte après le meurtre de sa petite fille, Lola. Flore, qui est aussi la narratrice de l’histoire, rencontre Emma à l’hôpital psychiatrique où celle-ci est internée : Flore joue le rôle de l’interprète auprès d’Emma qui refuse de communiquer autrement qu’en créole haïtien. C’est durant ses échanges avec Flore qu’Emma évoque « la malédiction du sang » qui prend ses origines dans l’esclavage et la colonisation. Cette malédiction générationnelle fait référence à l’oppression et à l’exploitation des esclavisé.e.s, notamment en lien avec le travail reproductif des femmes, et la perpétuation d’un care d’exploitation dans le présent. De ce fait, plutôt que de lire l’infanticide comme la matérialisation de la folie présumée d’Emma, je propose de le lire plutôt comme le geste permettant de questionner les dysfonctionnements persistants des configurations du care giving et du care receiving au travers du prisme des sociétés coloniales et postcoloniales. 


Cristina Robu

Résumé / Abstract

Résumé : L’espace-temps, ou le chronotope, est un élément constitutif de toute narration, mais il sert aussi de cadre dialectique dans les rencontres cliniques. Le « chronotope du soin » et le « chronotope du·de la patient e » illustrent cette dichotomie alors que, dans la littérature du care, cette dyade est généralement déconstruite et dépassée en laissant entrevoir les complexités et les enchevêtrements des expériences spatiotemporelles. Avec sa double formation – médecine et littérature – Ouanessa Younsi réfléchit sur l’espace-temps de la maladie depuis ces deux versants dans son texte Soigner, aimer (2016). Cet article explore l’espace-temps vécu et narré en utilisant le concept de chronotope afin de montrer comment les langages, à la fois médical et poétique, construisent, définissent et transcendent les positions du·de la médecin et du·de la patient·e en exposant leurs connexions et limites. Nous montrerons comment l’écrivaine arrive à créer une nouvelle forme chronotopique que nous nommons le « chronotope de l’accompagnement ». Nous verrons les processus et les éléments qui structurent cet espace-temps particulier, qui change le rapport médical à l’« autre » en le rendant horizontal, multiple et non-linéaire.

Abstract: Space-time, or the chronotope, while being a necessary component of narrative, also serves as a dialectic framework for clinical encounters. The “chronotope of treatment” and the “chronotope of the patient”, as dichotomous counterparts, are generally deconstructed and surpassed within care narratives, who would rather give a glimpse of the intricacies and convolutions of spatiotemporal experiences. Educated in medicine as well as literature, Ouanessa Younsi takes both fields into account when reflecting on the space-time of illness in her 2016 book Soigner, aimer. This article seeks to explore, with the help of the chronotope concept, space-time as it is lived and narrated, in an attempt to show how languages, both medical and poetic, help inform, define and ultimately transcend the roles of doctor and patient by exposing both their connexions and their respective limitations. In this article we show how Younsi, in Soigner, aimer, manages to create a new chronotope, one we call a “chronotope of accompaniment”, and in doing so we investigate its processes and structural elements. This new chronotope is found to change the medical relationship to the other, making it horizontal, multiple and nonlinear.


Cédric Kayser

Résumé / Abstract

Résumé : L’auteur défend l’hypothèse selon laquelle le rapport de Proust au langage ne peut être envisagé sans la médiation du personnage complexe de Françoise. Partant du constat de la centralité des figures féminines dans La Recherche, le présent essai identifie trois manifestations centrales du langage chez Proust : la structure, le rapport à la vérité et la fonction accompagnatrice. Peut-on relire l’écrivain à la lumière des théories du care? Quel sens attribuer à l’évolution de Françoise? En se situant en marge d’une « théorie du sujet qui articule de façon nouvelle et cohérente différents aspects de l’être-au-monde » (Leriche, 2004), cet article pose la question de la structure relationnelle qui sous-tend l’univers diégétique de La Recherche. Il s’agit du premier essai dans une série s’intéressant au problème du langage chez Proust.

Abstract : In this paper, the author argues that Proust’s relationship to language cannot be considered without taking into consideration the complex character of Françoise. Starting from the centrality of female figures in Search of Lost Time, this essay identifies three central manifestations of language in Proust: structure, the relationship to truth and a relationship of assistance. Can we reread the writer in the light of care theories? What meaning can we attribute to Françoise’s evolution? By situating itself on the fringe of a “theory of the subject that articulates different aspects of being-in-the-world in a new and coherent way” (Leriche, 2004), this article raises the question of the relational structure that underlies the narrative universe in Search of Lost Time. It is the first essay in a series exploring the problem of language in Proust’s writing.

« Il était une fois… » : reprises et perversions des contes de fées

Laurence Veilleux

Résumé / Abstract

Résumé : Kevin Lambert explore l’ambivalence entre le soin et la violence dans Querelle de Roberval (2018), une fiction syndicale qui, progressivement, se transforme en fantaisie brutale. Querelle, héros du roman, est inspiré par le séduisant marin éponyme du drame Querelle de Brest de Jean Genet (1947). Lorsqu’une tablée de corsaires l’ensorcelle, c’est une autre figure littéraire qui émerge chez le personnage, celle de Josée Yvon, grande fée des étoiles ravagée. C’est cette transfiguration de la fée opérée par Lambert qui est analysée dans le présent article, à l’aune de l’œuvre yvonienne et des théories queer. 

Abstract: Kevin Lambert explores the ambivalence of care and violence in Querelle de Roberval (2018), a union fiction that slowly turns into a brutal fantasy. Querelle, the protagonist, is inspired by the seductive sailor of Jean Genet’s Querelle de Brest (1947). When corsairs bewitch him, another literary figure emerges, that of Josée Yvon, the great fairy of ravaged stars. This paper looks at the transfiguration of the fairy carried out by Lambert in the light of Yvon’s work and queer theories.


Vicky Montambault

Résumé / Abstract

Résumé : En présentant un visage double, voire multiple, la figure mythique de la fée se déploie de façon ambivalente dans le roman Le Ravissement. Si, traditionnellement, ce personnage principalement féminin et bienveillant est associé à l’accompagnement, Andrée A. Michaud, pour sa part, en infléchit la signification, car bien qu’il escorte toujours les protagonistes, c’est uniquement dans une lente descente aux enfers qui les mène à la folie. Liée à l’égarement, la fée convoque également le symbolisme de la chute. Associée à la perdition et à la transgression, la fée michaudienne, empruntant tour à tour les traits de la sorcière et ceux de la sirène, symbolise un rapport problématique à l’origine et en circonscrit les contours nostalgiques.

Abstract: By showing two, or multiple, faces, the mythical figure of the fairy unfolds in an ambivalent way in the novel Le Ravissement. If, traditionally, this mainly feminine and benevolent character is associated with guidance, Andrée A. Michaud, for her part, changes the meaning, for what the fairy always escorts in a slow descent into hell that leads the protagonists to madness. Linked to distraction, this figure also summons the symbolism of the fall. The michaudian fairy is a figure of perdition and transgression who, borrowing the features of the witch and the mermaid, symbolizes a problematic relationship with the Origin and circumscribes its nostalgic contours.


Jean Tufféry

Résumé / Abstract

Résumé : Cette étude s’intéresse à la figure de la fée dans l’œuvre de Michel Leiris, à partir des contes mais surtout des romans de chevalerie. En distinguant deux figures médiévales de la fée (la fée amante et la fée marraine), il est aisé de voir que Leiris, dans L’Âge d’homme, fait référence à la première, créature sexuelle ambiguë, à la fois enchanteresse et destructrice. Mais il est possible de trouver des traces de la seconde dans Fibrilles, dont un chapitre s’organise autour du récit d’une tentative de suicide avortée. À son réveil, l’écrivain est visité par le souvenir de sa tante Claire Friché, célèbre cantatrice. Redoublée par d’autres figures féminines (infirmières, etc.) qui entourent le convalescent, elle accompagne celui qui semble être redevenu un nouveau-né dans son retour à la vie, en l’encourageant à persévérer dans son œuvre interrompue ; en lui faisant symboliquement don de la parole, elle apparaît ainsi comme une fée bienveillante, marraine de sa renaissance.

Abstract: This study focuses on the figure of the fairy in the work of Michel Leiris, drawing on fairy tales but especially on chivalric romances. By distinguishing two medieval figures of the fairy (the lover and the godmother), it is easy to see that Leiris, in L’Âge d’homme, refers to the first one as an ambiguous sexual creature, at once enchanting and destructive. But traces of the latter can be found in Fibrilles, in which one chapter is organised around the story of a failed suicide attempt. When he wakes up, the writer is visited by the memory of his aunt Claire Friché, a famous singer. Redoubled by other female figures (nurses, etc.) who surround the convalescent, she accompanies the man who seems to have become a newborn again in his return to life, encouraging him to continue his interrupted work; by symbolically giving him the gift of speech, she thus appears as a benevolent fairy, a godmother to his rebirth.

Accompagnements pharmakoniques

Jessica Rushton

Abstract / Résumé

Abstract: This article argues that by unmasking the secret life of the fictional maidservant, Germinie Lacerteux, the Goncourt brothers develop and describe a nineteenth-century social imaginary of the rebellious female servant. The rebellious maidservant emerges in the nineteenth-century social imagination through an interconnected web of discourses emanating from the period’s literature, faits divers, household manuals and criminology reports. By analysing Germinie Lacerteux in conjunction with nineteenth-century household manuals, this article explores how the Goncourts contributed to this interconnected web of discourses that created the nineteenth-century cultural stereotype of the rebellious female servant. In revealing the ‘true’ nature of the maidservant in their novel, the Goncourts imply that the bourgeoisie must learn to see the image of the devoted servant as nothing more than a construct in the social imagination. The guardian angel whom the bourgeoisie sought to hire is a myth born out of their increasing fears surrounding the potentially dangerous stranger in their home. 

Résumé : Dans cet article, nous analyserons comment, en démasquant la vie secrète de la servante fictive, Germinie Lacerteux, les frères Goncourt créent et entretiennent un imaginaire social de la servante comme femme dangereuse au XIXe siècle. C’est ainsi que la servante rebelle apparaît dans l’imagination sociale de cette époque par les références issues de la littérature, des faits divers, des manuels d’éducation domestique et des enquêtes criminologiques. En analysant Germinie Lacerteux en conjonction avec les manuels d’éducation domestique de cette époque, cet article propose d’étudier comment les Goncourt ont contribué à ce réseau interconnecté de discours qui a créé le stéréotype culturel de la servante rebelle du XIXe siècle. En révélant la « vraie » nature de la servante dans leur roman, les Goncourt insinuent que la bourgeoisie doit apprendre à considérer l’image de la servante dévouée comme une simple construction de leur imaginaire social. L’ange gardien que la bourgeoisie est convaincue d’employer n’est en réalité qu’un fantasme créé de toute pièce pour venir à bout de leur crainte croissante d’avoir accueilli un étranger mal intentionné au sein de leur foyer.


Laurence Sylvain

Résumé / Abstract

Résumé : Cet article explore la critique nietzschénne de la figure du philosophe conçu comme celui qui prend soin de la culture. Pour Nietzsche, ce philosophe figure une tendance à la sécurité qui est une façon de prendre soin de la culture afin de garantir sa sûreté et sa permanence. S’intéressant à cette critique et à l’étymologie latine du mot souci (care), cura, ce, à partir de l’analyse philologique proposée par John T. Hamilton dans son livre Security: Politics, Humanity and the Philology of Care, l’article cherche à penser les nœuds qui unissent les notions de souci, de care et de sécurité et leur rejet au sein de la pensée nietzschéenne.  

Abstract: This paper explores the Nietzschean’s critique of the philosopher conceived as a figuration of care, as the one who takes care of culture. For Nietzsche, this philosopher represents a tendency to security, which is a way of taking care of culture in order to guarantee its safety and permanence. In focusing on this critique and the Latin etymology of cura, (“care”), based on John T. Hamilton’s philological analysis, in his book Security: Politics, Humanity and the Philology of Care, this paper aims to consider the nexus that brings together notions of anxiety, care and their rejection within Nietzschean thinking.


Lucile Mulat et Stéphanie Proulx

Résumé / Abstract

Résumé : La littérature française contemporaine donne de plus en plus de place aux représentations de la vulnérabilité et aux acteur·rice·s qui tentent de la minimiser. Les textes de Delphine de Vigan s’inscrivent dans cette mouvance, car ils mettent de l’avant une figure du care peu reconnue et étudiée : l’ami·e. Consacré aux romans No et moi et D’après une histoire vraie, cet article a pour objectif de dégager les dynamiques complexes que les pratiques du care génèrent au sein de la relation amicale. Si ces pratiques peuvent révéler la force de l’attachement qui unit les amies, elles restent susceptibles de provoquer un déséquilibre et donc de mettre en danger, voire de résilier le lien. Qu’elle réclame ou qu’elle prodigue du care, l’amie se révèle ambivalente, réduisant ou intensifiant tour à tour la vulnérabilité de l’autre. 

Abstract: Contemporary French literature is giving more and more space to representations of vulnerability and to those who try to minimize it. Delphine de Vigan’s novels are part of this trend, as they put forward caring figures, one of which is little recognized and studied: the friend. This article, which focuses on the novels No et moi and D’après une histoire vraie, aims to identify the complex dynamics that result from the practices of care within friendships. While these practices can reveal the strength of the bond that unites friends, they are also likely to cause an imbalance that can endanger or even terminate the bond. Whether she is asking for or giving care, the friend reveals herself to be ambivalent, alternately reducing or intensifying the other’s vulnerability.

Créations

Accompagnement par la littérature et les émotions



Patrick Autréaux


Figures du soin

Camille Thibodeau


Louise Nayagom


Anne Demerlé-Got

Guidé·e·s par les fées

Nicolas Lévesque


Michelle Franco Redondo



Maïté Snauwaert


Nicolas Chalifour


Sarah Rocheville

Les pleureuses

Jean-Simon DesRochers


Chantal Fortier



Catherine Morency


Catherine Bastien


Entretiens

Entretien avec Yves Guilbault, psychologue clinicien en réadaptation


Entretien avec Manon Barbeau, initiatrice et co-fondatrice et Melissa Mollen Dupuis, présidente du conseil d’administration