Hors champ

2026

Sarah Boutin

Résumé / Abstract

Résumé : À partir des figures de Jeanne et de Bérénice, issues des œuvres La Vie utile d’Evelyne de la Chenelière et L’Avalée des avalés de Réjean Ducharme, cet essai explore la chute comme expérience somatique, spirituelle et langagière. En plaçant en dialogue les voix et les comportements de ces jeunes filles qualifiées de colériques et marginalisées pour ce que j’estime être leur lucidité, je questionne la médicalisation du soin, la stigmatisation des expressions non normatives et la pertinence d’exiger que la souffrance soit toujours traduite en parole.
Les lieux intermédiaires – champ et jardin – dans lesquels leurs corps chutent s’opposent aux espaces aseptisés de la clinique. Ils permettent d’envisager le soin non comme une simple réparation d’un dysfonctionnement, mais comme une manière d’habiter le monde autrement. En m’appuyant sur des autrices comme Virginia Woolf, Anne Dufourmantelle et Pema Chödrön, je refuse l’idée que la maladie doive répondre exclusivement à une logique causale, explicable par l’étiologie ou l’anamnèse. Je propose qu’elle ouvre plutôt à l’apprivoisement d’autres formes de langages et à une entrée en amitié avec des vies par lesquelles nous pouvons pluraliser la nôtre.

Abstract: Drawing on the figures of Jeanne and Bérénice, from La vie utile by Evelyne de la Chenelière and L’avalée des avalés by Réjean Ducharme, this essay explores falling as a somatic, spiritual, and linguistic experience. By placing in dialogue the voices and behaviors of these young girls labeled as angry and marginalized for what I consider their lucidity, I question the medicalization of care, the stigmatization of non-normative expressions, and the relevance of demanding that suffering always be translated into speech.
The intermediate places – field and garden – where their bodies fall stand in opposition to the sanitized spaces of the clinic. They allow us to envision care not as a mere repair of dysfunction, but as a way of inhabiting the world differently. Drawing on authors such as Virginia Woolf, Anne Dufourmantelle, and Pema Chödrön, I reject the idea that illness must be explained solely by a causal logic, reducible to etiology or anamnesis. Rather, I propose that it opens the way to the taming of other forms of language and to entering friendship with lives through which we can pluralize our own.


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