Prophéties parmi les ronces

Prophéties parmi les ronces

Catherine Morency

Catherine Morency est poète (Les Impulsions orphelines, Sans Ouranos, Les Musées de l’air, Le jour survit à sa chute) et essayiste (Poétique de l’émergence et des commencements, Marie Chouinard chorégraphe, L’Atelier de L’Âge de la parole. Poétique du recueil chez Roland Giguère). Détentrice d’un doctorat en littératures de langue française et d’un postdoctorat en recherche-création, elle enseigne la création littéraire et la littérature québécoise à l’UQAC.

J’ai trop confiance en nous toutes

pour penser que quiconque

pourrait nous gâcher la vie.

 

À moins de cas extrêmes,

et encore.

 

Je suis comme cela

 

j’ai confiance dans les filles

une confiance sans faille.

 

Je regrette cette fissure.

 

Il faut parfois savoir

être patiente

 

l’enfant

t’apportera son oracle.

 

*

 

Le ciel est bon parfois

il y a la lumière

 

je m’accroche à elle

comme à une bouée.

 

J’ai rêvé de toi

cette nuit,

 

tu vivais dans un abri

au bord de l’océan.

 

Tout était rouge

et blanc comme neige

 

tout était dépouillé.

 

*

 

Je te disais

 

il faut te départir

de beaucoup de choses

dans le vide encore

les choses peuvent exister.

 

Tu acquiesçais, chagrine

mais tu acquiesçais

 

la petite devant toi

l’océan s’ouvrait.

 

Tu avais tous ces deuils

tant de choses à jeter à la mer

 

mais tu approchais de la rive

tu allais te délester enfin.

 

*

 

Il faut parfois prendre

la mesure de sa tristesse

 

continuer la bataille

la remettre à plus tard.

 

En attendant je nous souhaite

la joie des débuts

 

je suis heureuse de voir

que tu penses à l’avenir.

 

*

 

Je suis rentrée de voyage

t’ai lue dans la ferveur

 

tes mots me consolent

de beaucoup de choses.

 

J’aimerais parler

de voix vives

j’aurai tant à te dire

 

et partir m’a fait un bien fou.

 

J’ai pu comprendre,

redémarrer

la machine à rêves.

 

j’aurai la force d’entrer

dans le mouvement

du monde, d’y danser.

 

Tout n’est pas fini.

 

*

 

Je t’écris, peut-être

est-il loin déjà

ton regard perçant

 

j’avais besoin de te voir.

 

Résiste à la tentation

de croire en eux

 

personne ici

ne te répondra.

 

Il faut faire confiance

à la folie des choses.

 

Le monde est méchant

mais il saura t’étonner.