La nouvelle Cassandre
Née à Montréal, France Théoret, poète, romancière et essayiste, a obtenu le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre en 2012. En 2018, elle recevait le Grand prix du Festival international de poésie de Trois-Rivières et, la même année, le prix Hélène-Pedneault de la SSJB pour sa contribution à l’avancement des femmes.
Elle va rapidement. La page se tourne. La seule attitude négative est terminée pour elle. Bien qu’elle conserve d’on ne sait où, de ses origines mythologiques si l’on y croit, un lourd passé d’histoires d’agressivité et de colères contre ses attitudes, ses manières, ses ripostes volontaires ou involontaires. Elle est arrivée au monde, fille déjà marquée par des violences. Elle n’a pas renié ces marques inconnues venues avec elle, de sa mère, de son père. Celui-ci trop léger, tels ceux qui sèment des enfants partout. Dans la mythologie, on ne compte plus le nombre de dieux infidèles, qui giclent leur semence dès que le vent se lève.
On dit que Cassandre comprend très tôt, trop tôt, sa généalogie qu’elle endosse sans se formaliser de ce qu’il en est. Pas de cris, des rires plutôt. Ce savoir sur sa propre histoire est interdit par les dieux. Œdipe en est la figure par excellence. Mais Œdipe se trompe, il est trompé sur les identités de son père et de sa mère. N’est-ce pas ce que Freud enseigne à propos d’Œdipe : tous nous sommes trompés sur notre généalogie.
Cassandre s’arrange avec ce qu’elle apprend. Ce qu’il y a avec la nouvelle Cassandre : rien ne s’installe à aucun moment. À titre d’exemple, nous nous connaissons depuis un bon nombre d’années maintenant, cependant rien n’est organisé entre elle et moi, constamment demeurent deux femmes, elle plus jeune et plus savante, grâce à ses libertés. Proche de son héroïne homonyme mythologique, sa gravité est semblable à un socle qui permet des éclats tout neufs.
La nouvelle Cassandre est écrivaine. Dans son œuvre encore grandissante, il y a un titre de roman portant sur son père et deux autres romans sur sa mère.
Le Voyage d’Ali Baba, le héros de son histoire a pour nom celui d’un personnage des Mille et une nuits, ce nouvel Ali Baba (Papa) est venu en Amérique pour chercher fortune.
L’Absente de tous bouquets, le titre relève d’un français littéraire, lequel affirme de façon lettrée, que la mère vient de France, le pays inoublié, référentiel jusqu’au dernier souffle.
Un roman ne suffisait pas, le deuxième a suivi immédiatement. Niagara, un titre d’Amérique, le nom des eaux, des célèbres chutes. À propos de la mère, le retour aux sources ouvre les portes du deuil.
Les métaphorisations romanesques ne se comptent plus, étonnantes d’un roman à l’autre. S’il faut en croire la mythologie, les métamorphoses sont synonymes d’une existence en mouvement. La Cassandre chercheuse, je la reconnais quel que soit le lieu d’où elle vienne.
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