La prophétie silencieuse
Mariem Garaali Hadoussa est poète et artiste tunisienne. Formée en sciences de la vie et de la terre à l’École normale supérieure de Bizerte, elle a enseigné pendant trente ans dans le secondaire. Son écriture, nourrie par la poésie, le journal et le voyage, interroge les libertés, les luttes féminines et écologiques. Elle est l’autrice de plusieurs recueils de poésie, dont Les Fragrances de mon âme (Nirvana, 2023), et s’engage activement dans la vie culturelle et associative.
Monologue à la mer
La mer me parle en langues oubliées
Ses vagues portent des secrets brisés
Elle chante les cris que nul ne veut entendre
Et moi, lui faisant écho
L’écorchée vive
Échouée sur son rocher
Écoutant malgré elle
La parole sourde.

Mariem Garaali Hadoussa, La Tisseuse sans voix, technique mixte (acrylique et encre), 65 x 54 cm, 2025, © Mariem Garaali Hadoussa
Fente d’ombre
J’ai murmuré
À l’oreille des pierres
Le secret des vents brisés
J’ai vu
L’éclat noir des étoiles mortes
Avant que le ciel ne se voile
Mon corps se pliait
Aux langues anciennes
Que seuls les silences comprennent
J’étais la fissure
Dans la nuit opaque
La voix cassée
Que l’on taisait
Je marchais sur les braises
Des jours à venir
Les flammes des possibles
Dans le creux de mes mains
On m’a offerte aux vents
Un souffle porté
Hors des sentiers connus
Là où les voix s’effacent
Mais j’ai appris à tisser
Avec des fils de lumière
Un voile qui protège
La vérité qu’on refuse
Je suis Cassandre
La fente dans le temps
L’écho des silences
La prophétie en creux
Mais un jour de tempête
Déchire le voile
Le monde, ébloui, s’éveille
Vous entendez enfin ma voix
S’élever dans les airs
Ma vérité
Traversant les ombres
Et dansant avec la lumière
Cassandre, la légende
Maîtresse de la dissidence
Gardienne des vérités absolues !