Peut-on regarder Méduse ?

Avant-propos

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Andrea Oberhuber

Ecce Medusa : regardons-la, donc !

Auteure

Andrea Oberhuber est professeure à l’Université de Montréal où elle enseigne les littératures française et québécoise, notamment l’écriture des femmes (XIXe-XXIe siècles), les avant-gardes historiques et les rapports texte/image (littérature et photographie). Elle a dirigé, entre autres, le collectif Claude Cahun : contexte, postures, filiation. Pour une esthétique de l’entre-deux (2007) ainsi que les dossiers « Voir le texte, lire l’image » (Dalhousie French Studies, no 89, 2009) et « À belles mains. Livre surréaliste, livre d’artiste » (Mélusine (n˚ 32, 2012). Son essai Corps de papier. Résonances est paru en octobre 2012 chez Nota bene.

 

Études

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Sylvie Anahory

Méduse ou le miroir des abîmes

Auteure
Résumé
Abstract

Enseignante certifiée en lettres modernes, Sylvie Anahory a fait des études en histoire de l’art (École du Louvre et Paris IV Sorbonne), en histoire (Université Toulouse le Mirail) et en anthropologie (École des Hautes Études en Sciences Sociales [EHESS]). Son DEA consacré à la gémellité en Grèce ancienne est déposé au Centre Louis Gernet. Dans le cadre de ses recherches doctorales à l’EHESS, elle a travaillé, sous la direction de Pierre Vidal-Naquet sur la symbolique du double en Grèce ancienne. Elle a poursuivi ses recherches dans les liens qui unissent textes et images et a publié « Des œuvres patrimoniales en série » (Revue de l’ingénierie éducative, juin 2009, no 66, Scéren-CNDP), « L’image pour comprendre les textes » (Cahiers pédagogiques. Les arts, quelle histoire !, dossier, novembre 2011) et l’ouvrage Histoire des arts et Français. Pour une pédagogie par l’image (Cergy, Éditions ILV, 2010). Sylvie Anahory est également l’auteur de nouvelles et participe à des ateliers d’écriture.

 

Au-delà du mythe et de l’iconographie grecque antique, le personnage Gorgô-Méduse soulève diverses problématiques, tout d’abord la confrontation du regard observant son propre reflet. En découvrant son image dans le reflet du miroir, Gorgô opère un processus d’identification paradoxalement mortifère. Le monstre, qui a le pouvoir de pétrifier celui qui par malchance croiserait son regard, se pétrifie elle-même. Pour combattre Gorgô, le héros Persée a utilisé le truchement de la surface réfléchissante d’un bouclier ; grâce à ce subterfuge, il décapite Méduse sans la regarder. Le pouvoir maléfique persiste après la mort de la Gorgone, car devenue effigie, ou gorgonéion, elle protège Athéna en foudroyant du regard les adversaires de la déesse.

Jeux de regards et de miroirs, le mythe dévoile le « je », qui, sous l’apparence d’un eidôlon, ou simulacre, devient un « autre ». L’objet spéculaire dédouble Méduse pendant que le dangereux face-à-face avec le double occasionne un trouble dans la reconnaissance de soi.

Beyond the myth and the ancient Grecian iconography, the character Gorgô-Médusa raises various issues, first of all the confrontation between the look and its own reflection. At the very moment she discovers her image in the reflection of the mirror, Gorgô works a process of paradoxically mortiferous identification. The monster, which can petrify the one who would unfortunately meet its eyes, petrifies itself. Perseus, the hero, fought against Gorgô through the reflecting surface of a shield; thanks to this subterfuge he beheads Medusa without looking at her. Her maleficent power remains after the death of the Gorgon, because as it became effigy, or gorgonéion, it protects Athena by withering the goddess’ opponents.

Playing between looks and mirrors, the myth reveals the “I,” who, under the appearance of an eidôlon, or simulacrum, becomes a “other one.” The specular object splits Medusa while the dangerous confrontation with the double causes a disorder in self-recognition.

Valery Rion

Goethe méduse Gautier

Auteur
Résumé
Abstract

Valery Rion est doctorant en littérature française du XIXe siècle à l’Université de Neuchâtel en Suisse. Ses recherches portent essentiellement sur le pouvoir herméneutique du mythe de Méduse pour expliquer le bouleversement esthétique qui intervient pendant la période romantique avec l’émergence d’une beauté effrayante, liée à la mort. Il s’intéresse également à la didactique de la littérature, aux récits fantastiques, à l’intertextualité, et à l’œuvre de Théophile Gautier. Il a publié des articles sur Jules Verne (« Jules Verne fantastiqueur. L’art du réemploi », Les lettres et les arts, cahiers suisses de critique littéraire et artistique, no 12, avril-juin 2012, p. 63-67) et sur l’humour chez Théophile Gautier (« Théophile Gautier’s Fantastical Smile. Humour, Incongruity and Reflexivity », dans Fanfan Chen et Thomas Honegger (dir.), Fastitocalon. Studies in Fantasticism Ancient to Modern. Vol. III : Humour and the Fantastic, Wissenschaftlicher Verlag Trier, 2013, p. 51-68). Voir : http://www.valeryrion.ch

 

Le but de cet article est de montrer, à travers la présentation du lien intertextuel entre les textes de Gautier et ceux de Goethe, la construction de la figure de la morte amoureuse, personnage emblématique d’un changement esthétique qui fait émerger la « beauté méduséenne », déjà décrite par Mario Praz dans La chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXe siècle. Cette esthétique nouvelle, qui a également des implications poétiques comme l’utilisation de l’oxymore, se construit par déconstruction du modèle classique de la beauté et présente la particularité d’effrayer – car la mort n’est jamais très loin – autant qu’elle fascine. Cet aspect inquiétant se dévoile de manière progressive au fil de la diégèse. Les textes de Goethe dans lesquels on observe ce changement de paradigme esthétique sont La fiancée de Corinthe, une ballade de 1797, et le Faust. Chez Gautier, afin d’observer l’influence goethéenne, deux textes se sont imposés, à savoir La morte amoureuse et Arria Marcella. La figure de Méduse est également utilisée par ces deux auteurs pour dénoncer les dérives abusives de l’ascétisme chrétien.

The aim of this paper is to describe the intertextual link between Gautier and Goethe and to show that the dead-women-in-love illustrates a major aesthetic change in the nineteenth century: the appearance of “the beauty of the Medusa” which is theorised by Mario Praz in The Romantic Agony. This new aesthetic concept is built on the deconstruction of the classical paradigm of beauty and has considerable consequences such as the use of a poetic of oxymoron. The beauty of the dead-women-in-love is particular because it is fascinating as well as frightening (death is always nearby). Horror is appearing gradually in the course of the plots. We find this kind of beauty mainly in Goethe’s ballad The Bride of Corinth (1797) and in Faust. These two texts have had a huge influence on Théophile Gautier’s work especially in La morte amoureuse and Arria Marcella. Medusa is used both by Goethe and Gautier to condemn the abuses of Christian asceticism.

Virginie Thomas

La Méduse Viviane dans l’art victorien


Auteure
Résumé
Abstract

Professeur agrégé d’anglais, Virginie Thomas a obtenu son doctorat à l’Université Grenoble 3 en littérature anglophone. Spécialiste des transpositions des légendes arthuriennes dans la poésie et l’art britannique du XIXe siècle, elle est membre associé du laboratoire Cemra (Grenoble 3). Elle a publié deux articles : « La chevelure comme lien dans la peinture préraphaélite » et » Les représentations de la femme dans Idylls of the King d’Alfred Tennyson ».

 

La fée Viviane fut une figure majeure des nombreuses transpositions des légendes arthuriennes qui furent élaborées par les poètes et les peintres préraphaélites de l’époque victorienne. Loin de son modèle médiéval de protectrice du royaume d’Arthur, elle acquit des traits gorgonéens, comme en témoignent les transpositions réalisées par Alfred Tennyson, Edward Burne-Jones et Frederick Sandys. Cette transformation subie par le personnage devint symptomatique d’un malaise de la société victorienne face au désir, notamment féminin, et accompagna également sur un plan plus personnel la confrontation des peintres à des modèles méduséens.

Vivian the fairy was a major character of the multifarious translations of the Arthurian legends made by the poets and the pre-Raphaelite painters of the Victorian period. Far from resembling her medieval model who protected Arthur’s kingdom, she acquired Gorgonian characteristics, as can be judged by the translations made by Alfred Tennyson, Edward Burne-Jones and Frederick Sandys. The evolution undergone by the protagonist is symptomatic of the Victorian society’s unease about desire, mostly female desire, but it was also symptomatic on a more personal level of the difficult confrontation of painters with their Gorgonian models.

Jocelyn Godiveau

Monsieur de Phocas ou les visages de Méduse


Auteur
Résumé
Abstract

Jocelyn Godiveau fait des études de doctorat en Lettres modernes à l’Université de Nantes, sous la direction de Dominique Peyrache-Leborgne et de Philippe Forest. Sa thèse porte sur « Le mythe décadent. Une esthétique de la modernité ». Depuis 2012, il est affilié au Centre de recherche en littérature L’AMo (L’Antique, le Moderne). Il a publié dans TraverSCE (no 13l, 2013) l’article « Un legs médiéval. Diabolisme et occultisme dans le roman Là-bas de J.-K. Huysmans (1891) ».

 

De juin 1899 à août 1900, le périodique français Le journal publie Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, un roman feuilleton éponyme qui, par son antihéros dandy et son absence d’intrigue, n’est pas sans rappeler À rebours de J.-K. Huysmans (1884). Si des Esseintes, le héros de Huysmans, est animé par la recherche du rare, Monsieur de Phocas, lui, est possédé par la recherche de l’impossible. Il est en effet épris d’une lueur qu’« aucun œil humain ne possède » (premier chapitre), un regard de Méduse qu’il croit déceler dans plusieurs visages. Mais ces masques de la Gorgone dans lesquels il s’engouffre lui rappellent qu’elle est un idéal mortel à celui qui souhaite s’en approcher, et que la véritable connaissance est le renoncement.

From June 1899 to August 1900, the French periodical Le journal published Monsieur de Phocas, by Jean Lorrain. This eponymous serial with a dandy for antihero and no plot can remind us of À rebours by J.-K. Huysmans (1884). As des Esseintes — Huymans’ hero — is driven by his desire for what is rare, Monsieur de Phocas is actually possessed by his wanting of impossible. He fell for a glow that “no human eye has” (first chapter), as if it was Medusa’s gaze that he recognized on several faces. But these Gorgone-like masks in which he dives remind him that she is a lethal ideal to whomever wishes to get closer and that true knowledge is relinquishment.

Lydie Parisse

Muses Méduses fin de siècle

Auteure
Résumé
Abstract

Lydie Parisse est enseignant-chercheur  à l’Université de Toulouse le Mirail, rattachée à l’équipe ELH-PLH. Dix-neuviémiste de formation, elle travaille sur la création littéraire et le théâtre (du symbolisme au théâtre contemporain) en lien avec la tradition spirituelle de la voie négative. Elle a récemment publié l’ouvrage collectif Le discours mystique dans la littérature et les arts de la fin du xixe siècle à nos jours (Paris, Classiques Garnier, 2012).

 

À la fin du XIXe siècle, la figure de la Méduse devient une représentation de la posture de l’artiste fin de siècle, mais aussi une figure de l’inspiration poétique et, enfin, une illustration du processus créateur, envisagé, depuis l’époque romantique, dans sa dimension négative de sacrifice et de perte, ainsi que l’a montré Jérôme Thélot dans son essai Violence et poésie (1993). Nous évoquons essentiellement Un prêtre marié de Barbey d’Aurevilly et Le Désespéré de Léon Bloy.

At the end of the nineteenth century, the figure of Medusa becomes a representation of the posture of the artist, but it is also a figure of poetic inspiration. Finally, it is an illustration of the creative process, envisaged since the romantic period in its negative size of sacrifice and loss, as Jérôme Thélot showed in his essay Violence et poésie. We study essentially Un prêtre marié of Barbey d’Aurevilly and Le désespéré of Léon Bloy.

Christine Vial Kayser

Myra de Marcus Harvey, nouvelle figure de Méduse

Auteure
Résumé
Abstract

Chercheur associé à Paris 1 – Hicsa et conservateur du Musée-Promenade à Marly, Christine Vial Kayser s’intéresse à la persistance de figures archaïques et mythiques dans l’art contemporain et à l’importance du corps et des sens du spectateur dans leur réception. Travaillant plus particulièrement sur l’art britannique, elle est l’auteur d’un ouvrage sur Le Spirituel dans l’art d’Anish Kapoor (Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2013) et de nombreux articles sur l’art contemporain britannique (Andy Goldsworthy, The Chapman brothers). En tant que conservateur et commissaire d’exposition, elle a publié des catalogues sur des sujets variés, notamment et tout récemment sur l’ésotérisme dans l’œuvre de Le Corbusier à Chandigarh.

 

De septembre à décembre 1997, Norman Rosenthal, alors directeur des expositions à la Royal Academy of Arts expose, sous le titre évocateur de Sensation, divers artistes du nouveau groupe des Young’s British Artists constitué par Charles Saatchi en 1992.

La caractéristique commune des œuvres de ce groupe hétérogène est la transgression : transgression esthétique – laideur des têtes de vaches putréfiées de Damien Hirst, brutalité des allégories sexuelles de Sarah Lucas ; transgression artistique – insignifiance des peintures de Gary Hume, répétition mécanique des peintures de médicaments de Damien Hirst ; transgression éthique – les Zygotes, enfants mutants des frères Chapman, autoportrait de Damien Hirst souriant à côté de la tête décapitée d’un homme mort et Myra, portrait magnifié Myra Hindley, « tueuse d’enfants » dans les années 1960, par Marcus Harvey. Avec le requin de Damien Hirst intitulé The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, Myra est l’œuvre la plus remarquée et emblématique de l’exposition. On étudiera ici le pouvoir de fascination/répulsion de ce visage au regard perçant, qualifié d’« œuvre hypnotique » par un critique. On proposera que l’efficacité de l’œuvre tient à sa double appartenance à la conscience collective britannique et à ses similitudes avec le mythe de Méduse.

From September to December 1997, Norman Rosenthal, the then Director of the exhibitions of the Royal Academy of Arts presented, under the title Sensation, various members of the new group of the Young British Artists, gathered by Charles Saatchi in 1992.

The common ground between these various works was transgression: aesthetic transgression — with the rotten cow heads of Damien Hirst and the brutal sexual allegories of Sarah Lucas; artistic transgression — with the calculated insignificance of Gary Hume’s paintings, the mechanic repetition of Damien Hirst pill paintings; and ethical transgression — with Zygotes, the plastic mutant children of the Chapman brothers, the self-portrait of Damien Hirst besides the severed and grinning head of a dead man and Myra, a magnified portrait of Myra Hindley, a notorious child killer of the 1960’s, by Marcus Harvey. This last work was the second more famous/infamous work of the exhibition after Damien Hirst’s The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living. This essay attempts to show the power of repulsion/fascination of this face with piercing eyes, described as « hypnotic » by a critic and its similitude with the myth of Medusa.

Claire Augé

Méduse à trois têtes : de la polyphonie au tragique

Médée Kali de Laurent Gaudé

Auteure
Résumé
Abstract

Claire Augé-Rabier est professeure agrégée de Lettres modernes au lycée Charlie Chaplin (Décines, France). Titulaire d’un master 1 en allemand et d’un master 2 en Lettres modernes, elle a consacré son mémoire de recherche de master 2, en littérature comparée, à la figure de Médée (La voix de Médée. Réécritures contemporaines du mythe in : Medea. Stimmen de Christa Wolf et Médée Kali de Laurent Gaudé).

 

Laurent Gaudé interroge la figure de Méduse à la manière d’un ready-made : la Gorgone est associée à deux autres démons de la nuit, Médée et Kali. Cerbère à trois têtes, la voix de cette héroïne s’intensifie par sa polyphonie ; elle n’est plus figure d’altérité absolue mais au contraire figure métisse. Il nous faut également noter que, outre cet enrichissement mythique, le genre théâtral choisi par Laurent Gaudé offre à cette figure grecque, habituellement contrainte au silence puisqu’elle pétrifie tous ceux qui lui accordent de l’attention, un espace de parole où sa voix éclate. Force est alors de constater que le spectateur, silencieux par essence, est contraint à l’écoute ; le théâtre quitte le simple espace scénique et s’annexe le silence. Ainsi, Méduse, créature-voix, lutte face à un silence puissant et tueur : de cette lutte, renaît un sentiment tragique.

Laurent Gaudé investigates the figure of the Medusa as a ready-made: the Gorgone is associated with two other nocturnal demons, Medea and Kali. A three-headed Cerberus, this heroin’s voice is intensified through its polyphony; she ceases to be the figure of radical otherness to become, on the contrary, a hybrid figure. It is also to be noted that, besides this mythical enrichment, Laurent Gaudé, in choosing the theatrical genre, gives this Greek figure, usually confined to silence because she petrifies those whose attention she draws, a space for speech where her voice explodes. As a consequence, the spectator, silent by definition, is forced to listen; theatre leaves the simple space of the stage to avail itself of silence. Thus, Medusa, a voice-creature, toils in the face of a powerful and lethal silence: her struggle gives rise anew to a sentiment of the tragic.

Don Tresca

‎Maternal Ambition and the Quiet Righteous Malice of Motherhood:

An Examination of Sylvia Plath’s “Medusa”

Auteur
Résumé
Abstract

Don Tresca is an Independent Scholar with a Master of Arts degree in English from California State University, Sacramento.  His Master’s Thesis was on the subject of Sylvia Plath and Ted Hughes and their alternate versions of Ariel.  He has written extensively on American popular culture and literature.  His most recent publications include essays on the works of Stephen King, J.K. Rowling, and Joss Whedon.  He is also in the midst of editing a book of essays on Sylvia Plath’s The Bell Jar for potential publication in 2014.

 

L’article porte sur l’image de Méduse dans le poème « Medusa » (1962) de Sylvia Plath. Je pose que les deux images de Méduse qui apparaissent dans le poème, soit la M/méduse et le monstre, et qui visent toutes deux la mère de Plath, Aurelia, ne suggèrent pas la haine vis-à-vis de la mère de la poétesse. Il s’agit de montrer, au contraire, que ce poème de Plath (comme celui portant sur son père, Otto, et intitulé « Daddy ») est la tentative de rompre le lien avec ses parents afin de se forger une nouvelle identité, à savoir celle du cycle poétique d’Ariel.

My essay addresses the image of the Medusa in Sylvia Plath’s 1962 poem “Medusa.” I postulate that the two images of the Medusa that appear in the poem (as a jellyfish and as the Monster), which are both directed at Plath’s mother Aurelia, do not suggest that the poem is one of hatred directed at her mother. Instead, I suggest that this poem (like its companion piece “Daddy” about her father Otto) is an attempt by Plath to break away from her parents in an attempt to form a new self, the persona of the Ariel cycle of poems.

Pascale Joubi

L’œil de Méduse dans À ciel ouvert de Nelly Arcan


Auteure
Résumé
Abstract

Étudiante à la maîtrise en Littératures de langue française à l’Université de Montréal, sous la direction d’Andrea Oberhuber, Pascale Joubi rédige un mémoire portant sur Folle et À ciel ouvert de Nelly Arcan. Elle y étudie la construction de figures féminines et masculines, par le procédé de réécriture des mythes, autour des notions de monstruosité et de crime. Elle a publié un article intitulé « L’éducation passionnelle des jeunes filles. De la Belle Époque à l’entre-deux-Guerres » dans le cadre du programme de recherche Les savoirs des femmes. Elle s’intéresse particulièrement à l’écriture des femmes aux XXe et XXIe siècles et aux gender studies.

 

L’une des réécritures contemporaines du mythe de Méduse peut se lire dans À ciel ouvert (2007) de Nelly Arcan où la figure aux cheveux de serpents est mise au service d’une critique des jeux de pouvoir traditionnels entre le féminin et le masculin. Rose, le personnage principal du récit, devient Gorgone par son sexe qui se présente alors comme un miroir de la monstruosité de Charles, personnage masculin déviant. Analysant les mythèmes méduséens du regard et de la castration, l’article montre en quoi Arcan s’approche et s’écarte des versions précédentes du mythe et de sa lecture freudienne, et comment l’auteure opère, par la fusion de la figure de Méduse avec celle des Amazones, un renversement des rôles pour une égalité des sexes par l’abjection.

One of the contemporary incarnations of Medusa could be found in Nelly Arcan’s À ciel ouvert (2007) in which the author rewrites the myth of the Gorgon to criticize the traditional genders power game. Rose, the female antagonist, becomes Medusa by her sex that is presented as a mirror of the monstrous Charles, her deviant ex-lover. Analyzing the mythemes of gaze and castration, this essay demonstrates how Arcan uses, rejects or subverts previous versions of the myth and Freud’s “Medusa’s head”, and how, by merging the figure of Medusa with the Amazons, she reverses male and female roles to establish gender equality through abjection.

Malik Noël-Ferdinand

‎Chimères grecques et Méduse d’ébène :

les métaphores de Derek Walcott au miroir du mythe de Persée


Auteur
Résumé
Abstract

Malik Noël-Ferdinand a soutenu en 2010, à  Paris 3, une thèse intitulée « Omeros, Aimé Césaire, la mer. Paysages du détour dans la poésie de Derek Walcott ». Titulaire du Capes créole, ses recherches portent sur les littératures antillaises d’expression anglaise, créole, espagnole et française. Actuellement ATER à l’Université Antilles-Guyane, il a publié des articles consacrés aux œuvres de Reinaldo Arenas, Toto Bissainthe, Aimé Césaire, Caryl Phillips et Derek Walcott.

 

Dans son œuvre critique, Derek Walcott considère l’Histoire comme la Méduse des écrivains des Amériques. Pour le Saint-lucien, le poète du Nouveau Monde doit s’affranchir du discours paralysant des chronologies, coloniales ou anticoloniales, mais toujours fictionnelles des historiens. Au contraire, il s’agit, en poésie, d’ignorer à la fois la posture du conquérant arrogant et celle de la victime larmoyante pour embrasser le mythe. Toutefois, la création poétique doit dans le même temps se méfier des comparaisons mythologiques elles-mêmes. Ainsi, avec Omeros, le long poème fondé sur la relation entre Grèce ancienne et Antilles contemporaines, Walcott affronte le problème de la pétrification de la métaphore. Dans les Caraïbes, rappelle l’architecte d’Omeros, les descendants d’esclaves portent encore les noms grecs (Achille, Hector, Helène…) reçus par leurs ancêtres. De même, Sainte-Lucie dont la conquête a fait l’objet d’incessantes batailles entre Anglais et Français, est surnommée l’Hélène des Antilles. À l’instar de l’esclave refusant de se laisser enferrer dans la signification mythologique du nom reçu, Walcott préfère s’inspirer du miroitement du bouclier de Persée pour éviter de recouvrir son Hélène caraïbe d’un vêtement exclusivement grec. Le poète échappe alors au figement dans le trope grec en se faisant Persée, c’est-à-dire en réinvestissant le mythe, lieu idéal pour décrire un sujet (les Antilles) qui, comme Méduse, ne se laisse circonscrire que dans l’infinie production et reproduction d’images.

In his essays, Derek Walcott sees History as the Medusa of the New World. For Walcott, colonial and anticolonial chronologies are always fictional. The American poet has to get away from History’s paralyzing stare and reject historical discourses. In poetry, every writer needs to ignore the colonizer’s arrogance and the victim’s recrimination: the poet embraces myth instead of History. Nevertheless, the same poet also needs to be aware of mythical comparisons. Yet in Omeros, the long poem which draws parallels between Ancient Greece and the West Indies, Walcott deals with the problem of petrifying metaphors. He recalls that in the Caribbean, slave descendants bear the mythological names (Achilles, Hector, Helen…) the owners gave their ancestors. Likewise, Saint Lucia bloodily desired by the French and English, has been named Helen of the West Indies. As the slave refusing to let himself chained in his Greek name definition, Walcott prefers to find inspiration in the reflections of Medusa’s shield rather than carving his Helen of the West Indies in Greek marble. That’s how the poet avoids the petrification of the new metaphor by reinvesting the myth himself: like Perseus during his quest, the poet produces and reproduces images endlessly.

Gérard-Marie Messina

L’invocation de Méduse

ou La mise en texte du féminin dans quelques romans de Calixthe Beyala

Auteur
Résumé
Abstract

Gérard-Marie Messina est maître de conférences au Département d’anglais de l’Université de Buea au Cameroun. Il est également maître de conférences associé à l’Université de Yaoundé I et à l’Université de Yaoundé II (Institut des Relations Internationales du Cameroun). Il enseigne les théories littéraires, l’épistémologie de la littérature, les littératures africaine et caribéenne, le management, le marketing et la communication stratégique. Spécialiste d’Aimé Césaire, il est auteur de deux ouvrages, notamment : La gestion poétique du discours politique chez Aimé Césaire : de Ferrements à Moi, laminaire… (L’Harmattan, 2010) ; La Nouvelle gouvernance universitaire au Cameroun (L’Harmattan 2010). Directeur de la collection « Lettres Camerounaises » chez L’Harmattan, il compte à son actif plusieurs articles savants, dont « L’état postcolonial africain dans l’œuvre dramatique d’Aimé Césaire » (Revue Crelis, 2013) ; « Mythe du monstre et leadership politique en Afrique dans l’œuvre d’Aimé Césaire » (dans Aimé Césaire et le monde noir : regards croisés, sous la dir. de Richard Laurent Omgba et André Ntonfo, L’Harmattan, 2012).

 

L’œuvre romanesque de Calixthe Beyala semble s’imposer, au fil des jours, dans l’univers de la littérature mondiale. Toutefois, au-delà des problèmes relatifs à l’amélioration du statut du féminin qu’elle pose, elle soulève de plus en plus des questions d’éthique, eu égard à la rhétorique agressive déployée par les femmes leaders de ses romans. Compte tenu de tous les problèmes inhérents à la volonté de ladite femme d’améliorer son statut, nous essayons d’amplifier l’interrogation générale que suscite son attitude de résistance, à partir du paradigme de la domination masculine. Par conséquent, Beyala exploite, à merveille, ce que Gilbert Durand appelle les strates mythémiques, comme marque d’originalité de chaque écrivain. Cette stratégie lui permet de renverser l’homme par le moyen de la construction de la figure de Méduse et de le dépouiller de tous ses attributs masculins, qui deviennent l’apanage de la femme, désormais capable de proclamer sa supériorité naturelle sur l’homme.

Day after day, Calixthe Beyala’s novelistic work seems to win recognition in the literature field worldwide. However, apart from problems linked to the betterment of the feminine status that are posed, her novels raise a growing number of ethical questions considering the aggressive rhetoric displayed by their leading feminine characters Considering the problems inherent to her willpower to improve her status, we seek to amplify the general question arisen by her attitude of resistance from the paradigm of male domination. Consequently, Calixthe Beyala wonderfully succeeds in exploiting what Gilbert Durand calls the mythemic layers, the original mark of each writer. This strategy permits her to overthrow men and to strip them of their male attributes, which become the prerogative of the woman, henceforth capable of proclaiming her natural superiority over man.

Marion Coste

Entre écriture de biais et écriture biaisée :

Méduse ou l’art du détour‎

Auteure
Résumé
Abstract

Marion Coste est professeur agrégé de lettres modernes et doctorante à la Sorbonne en littérature et en musicologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Elle s’intéresse aux rapports qu’entretiennent musique et littérature au XXe siècle, et tout particulièrement dans l’œuvre de Pascal Quignard et de Michel Butor. En 2013, elle a participé à un colloque sur le silence dans l’œuvre de Pascal Quignard à Zurich et un autre sur les références à la musique sérielle dans Réseau aérien de Michel Butor (actes à paraître).

 

Dans Petit traité sur Méduse, Pascal Quignard analyse le mythe de Méduse comme une illustration de son rapport au désir et à l’écriture. Elle est l’être qu’on ne peut pas regarder de face, mais qu’on désire toujours regarder, parce qu’elle est à la fois l’image de la sexualité et celle de la mort, qu’elle illustre notre origine sexuée et notre devenir mortel. Il s’agit donc de l’observer de biais, ce qui se traduit, au niveau littéraire, par une écriture oblique, qui n’aborde pas frontalement son sujet mais y conduit par une suite d’aphorismes et de répétitions, afin de garder les contradictions du personnage et de ne pas le simplifier par des explications rationalisantes. Après avoir analysé le tissu de signification que construit Pascal Quignard autour de la figure de Méduse (entre l’amour, la mort, la Mère, le désir), nous verrons par quels détours l’écriture parvient à aborder ces sujets, entre aphorismes, références étymologiques et répétitions, faisant de l’écriture une nécessité intérieure.

In Petit traité sur Méduse, Pascal Quignard analyses the myth of Medusa as an illustration of his relation with desire and writing. She is the one we can’t look at, but we always want to look at, because she is in the same time the image of sexuality and the image of death, and because she shows our sexual origin and the fact we are mortals. We have to look at her at an angle, which is translated, in literature, by an oblique writing: Pascal Quignard doesn’t tackle his subjects directly but goes on it by a series of aphorisms and repetitions, in order to keep the character’s contradictions and not to simplify it by rational explications. After analyzing the web of significations Pascal Quignard made on the figure of Meduse (between love, death, Mother, desire), we will see by which detours the writing manages to tackle these subjects, between aphorism, etymologic references and repetitions, making the writing an inner necessity.

Mathilde Roussigné

Comment voir Méduse ?

Sylvie Germain, peintre de la narration


Auteure
Résumé
Abstract

Mathilde Roussigné est agrégée de Lettres modernes, elle a soutenu en 2012 un mémoire de Master 2 en littérature française à l’École normale supérieure de Lyon traitant des réactualisations du mythe de Méduse chez Pascal Quignard (Le Nom sur le bout de la langue), Claude Louis-Combet (Gorgô) et Sylvie Germain (L’Enfant Méduse), sous la direction de Laurent Demanze et de Christophe Cusset.

 

Si la volonté de figer le temps s’est souvent traduite en littérature par une disparition de la narration au profit de la description, L’enfant Méduse de Sylvie Germain propose une tout autre stratégie d’écriture pour représenter Méduse. Substituant au motif de la pétrification celui du retour, l’écriture fonde bien plutôt une représentation de Méduse comme re-venante, et cela par trois traits majeurs : une progression narrative circulaire, d’image en image ; un style qui offre à la répétition une place centrale ; enfin, un travail sur la lumière comme dévoilement de l’invisible, comme révélateur de la figure archaïque de la Gorgone qui hante le texte. À l’image de Persée détournant son regard, l’écriture échappe ainsi à l’effet figeant de Méduse, tout en permettant pourtant au monstre un véritable retour, dans la littérature contemporaine.

As a result of authors’ will to stop the hands of time, description has often supplanted narration in literature. On the contrary, The Medusa Child of Sylvie Germain chooses a completely different strategy in order to write about Medusa. Thus the writing emphasizes the character of Medusa as a revenant and therefore underlines the theme of return rather than the idea of petrification. In so doing, Sylvie Germain uses three different techniques: a circular narrative progression, a style which gives a central part to repetition, and the allegorical description of light as what should reveal Gorgon’s archaic character. In other words, the writing reproduces Perseus’ movement when he tried to flee from Medusa’s petrifying effect. But, by writing about Medusa, Sylvie Germain allows this ancient monster to come back in contemporary literature.

Créations

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Laurent Herrou

Istanbul

Auteur

Laurent Herrou est écrivain. Son travail, dans le domaine de l’autofiction, lui a ouvert les portes de revues internationales (Pylône et Écritures en Belgique, Brèves au Québec, TowerJournal aux États-Unis, Hétérographe en Suisse, et D’ici là, Rue Saint-Ambroise et Monstre en France). Il a travaillé avec Guillaume Dustan (Balland), François Bon (Publie.net) et Félicie Dubois (Emoticourt). Son prochain livre, Journal de Bord à Montréal, paraîtra chez Jacques Flament sous le titre La part généreuse en 2014.

 

Benoît Conort

Exercice de la paralysie : Journal de Méduse 

Auteur

Benoit Conort est poète. Il a publié plusieurs livres aux éditions Gallimard et Champ Vallon, dont Pour une île à venir (1988, prix Fénéon), Main de nuit (1999, prix Mallarmé), Écrire dans le noir (2006). Il est vice-président de la Maison des Écrivains et de la Littérature. Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il est aussi professeur de littérature à l’Université de Rennes 2, spécialisé dans la poésie moderne et contemporaine.

 

Valérie Lefebvre-Faucher

Peut-on lire Méduse ?

Auteure

Valérie Lefebvre-Faucher est éditrice. Elle a travaillé notamment pour les Éditions Écosociété, les Éditions Varia et les Éditions du remue-ménage. Elle complète cette année une maîtrise en création littéraire à l’UQAM et collabore également à plusieurs publications web, comme Jesuisfeministe.com, Littéraires après tout et Raisons sociales.

 

Vanessa Courville

Manifeste du regard oblique

Auteure

Étudiante à la maîtrise en littératures de langue française à l’Université de Montréal, Vanessa Courville rédige un mémoire qui porte sur l’èthos épistolaire de Colette dans Lettres à sa fille (1916-1953). Dans le cadre du groupe de recherche Les savoirs des femmes, elle a récemment publié un article intitulé « Mères atypiques. L’enjeu de l’éducation maternelle dans Lettres à sa fille (1905-1912) de Sido et Lettres à sa fille (1916-1953) de Colette ». Elle s’intéresse aussi à l’histoire littéraire des femmes des XIXe et XXe siècles.

 

Nicolas Lévesque

La psychanalyse médusée

Auteur

Nicolas Lévesque est psychologue, essayiste et éditeur. Il a été membre du comité de rédaction du magazine culturel Spirale et des Cahiers littéraires Contre-jour avant de se joindre, tout récemment, au comité de direction des éditions Nota bene, où il a publié Le deuil impossible nécessaire, Les rêveries de la Plaza St-Hubert, Le Québec vers l’âge adulte et Ce que dit l’écorce, écrit avec Catherine Mavrikakis (à paraître, janvier-février 2014).

 

Entrevue

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