« Voir venir, ne pas être crue » : politique de l'écoute dans les représentations contemporaines de Zarqa' al-Yamana

« Voir venir, ne pas être crue » : politique de l’écoute dans les représentations contemporaines de Zarqa’ al-Yamana

Youssef Maftah El Kheir

Youssef  Maftah  El Kheir est docteur en études théâtrales de l’Université de  Mohammed V à Rabat. Il travaille sur la question du temps dans le théâtre. Il est l’auteur de Sachet noir (nouvelles, Marsam,  2018) et de plusieurs articles  tels que « L’énigme entre le profane et le sacré » dans Le Jeu…des enjeux en perspectives dirigé par Lahcen Ouasmi et Houda Chraibi (L’Harmattan, 2021) ; de « La langue des jeux et des activités sportives : une mise en scène euphémique contre les tabous linguistiques » dans le numéro 1 de la revue Réflexions sportives (2021 ) ; « Théâtre et récit : la tyrannie du temps » au sein de l’ouvrage collectif Du Non-narratif au théâtre 2023  ; d’ « Apparaître au théâtre. Le contrat d’opacité et la technique comme conditions du merveilleux » dans la revue Astasa de l’Université Bordeau Montaigne, (2025 ) ; de « Quelle place pour le rituel dans le théâtre ? Liminalité, geste et communauté spectatorielle », dans la revue des Cahiers interdisciplinaires (2025) ; de « L’ ombre en soi qui écrit de Wajdi Mouawad » dans la revue L’IMPACT (2025) ; et de « Horloges obscures  : Dramaturgies du temps dans Gaspard  de  la  Nuit  » dans le numéro 9 de la Revue Bertrand (Classique Garnier, 2026 [en cours de parution]).


Introduction

Dans la mythologie gréco-latine, Cassandre est celle qui voit juste mais qu’on ne croit pas ; sa clairvoyance devient une malédiction sociale. Les poètes arabes modernes, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, ont trouvé en Zarqāʾ al-Yamāma une sœur de destin : héroïne des ayyām al-ʿArab (les récits des « journées des Arabes » transmis par la tradition médiévale), elle voit venir l’attaque, formule une alerte précise – « des arbres qui marchent » (inna al-ašǧār tasīr ʿalā al-ṭuruqāt) – et se heurte au rire et à l’inertie des siens, avant d’être suppliciée. La geste préislamique telle que la restituent les récits médiévaux est désormais bien connue : selon al-Ṭabarī, l’ennemi Ḥassān al-Ḥimyarī, averti de l’acuité visuelle de Zarqāʾ, ordonne à ses troupes de couper chacune un arbre et de le porter pour dissimuler leur avancée. Zarqāʾ, dont la vue proverbiale est pourtant célébrée par l’adage abṣar min al-Zarqāʾ (« plus perçant que Zarqāʾ »), avertit sa tribu de Ǧadīs, mais personne ne l’écoute ; la défaite s’ensuit, et la voyante est capturée, éborgnée, puis crucifiée à Ǧaww, toponyme auquel son nom restera lié – la localité prenant ensuite le nom d’al-Yamāma1. Dans cette mémoire textuelle, Zarqāʾ ne prédit pas l’avenir au sens divinatoire du terme : elle perçoit, à partir d’une acuité hors norme, un danger réel et imminent, et sa parole d’alerte prend la forme d’un énoncé à la fois littéral et métaphorique – les arbres marchent effectivement, puisque les soldats se cachent derrière eux, mais l’image paraît si invraisemblable que la communauté refuse d’y croire. Le motif des « arbres qui marchent » (un topos que l’on retrouve, sous d’autres formes, dans les prophéties des sorcières de Macbeth de Shakespeare, et que Tolkien reprend dans Le Seigneur des anneaux) met en crise la taxinomie ordinaire – un arbre est censé être fixe – et provoque un effet de discrédit : la vérité paraît relever de la fabulation. D’où la comparaison, désormais classique, avec Cassandre : même fonction d’avertissement, même destin lié à l’incrédulité des proches, même articulation paradoxale du savoir et de l’impuissance.

À partir des années 1960, Zarqāʾ al-Yamāma resurgit dans la poésie arabe contemporaine comme allégorie politique (défaite, occupation, corruption) et comme forme poétique (adresse à la voyante, mise en scène de l’écoute manquée, relance rituelle de l’alarme). Les textes étudiés dans cet article proviennent de contextes géographiques et historiques variés, mais convergent autour de cette figure. On retiendra principalement le poème « Zarqāʾ al-Yamāma » du Palestinien ʿIzz al-Dīn al-Manāsra, publié en décembre 1966 dans la revue al-Ādāb de Beyrouth, soit six mois avant la guerre de Juin – un texte reconnu par la critique comme pionnier dans l’usage structurant de la figure2 ; le long poème al-Bukāʾ bayna yaday Zarqāʾ al-Yamāma (« Les pleurs entre les mains de Zarqāʾ al-Yamāma ») de l’Égyptien Amal Dunqul, écrit dans l’immédiat après-défaite de 1967 – la Naksa, c’est-à-dire le « revers » que constitue la guerre des Six Jours et l’occupation de la Cisjordanie, du Sinaï et du Golan3 ; la reprise de la figure chez Ḫālid Muḥyī al-Dīn al-Barādʿī dans « Riḥla fī ʿaynay Zarqāʾ al-Yamāma » (« Voyage dans les yeux de Zarqāʾ al-Yamāma »), qui transforme la voyante en dispositif optique partagé 4 ; le poème « Fī ḍiyāfat al-Mutanabbī » (« Dans l’hospitalité d’al-Mutanabbī ») d’Aḥmad al-Ṣāliḥ, qui convoque la figure de Ḥadhām, autre voyante non crue de la tradition préislamique5 ; les textes d’Aḥmad Sālim Bāʿaṭab sur al-Zabbāʾ et ses chroniques urbaines6 ; le poème « Ḫaḍrāʾ al-Yamāma » (« La Verte d’al-Yamāma ») de Muḥammad Ḥasīb al-Qāḍī, réécriture critique de la scène matricielle7 ; le contre-récit de Muḥammad al-Ṯubaytī dans sa « récitation du commencement8» ; enfin, le poème de ʿAbd al-Karīm al-ʿAwda, « al-Bukāʾ bayna yaday Fāṭima » (« Les pleurs entre les mains de Fāṭima »), actualisation explicite du geste de Dunqul9. Il convient de noter que l’ensemble de ces poètes sont des hommes, qui prennent en charge poétiquement la suppression de la parole d’une femme10.

L’hypothèse qui guide cet article est la suivante : Zarqāʾ n’est pas tant un personnage mythologique Zarqāʾ n’est pas tant un personnage mythologique de la vision qu’une figure par laquelle se joue l’épreuve de l’écoute : être crue ou ne pas l’être. Épreuve de la vérité par la communauté (croire ou ne pas croire) ; épreuve de la voix par l’institution (crédit ou discrédit) ; épreuve de la forme par le poème (comment faire entendre l’alarme). La valeur heuristique de Zarqāʾ tient moins à l’extraordinaire de sa vue qu’au régime d’audibilité dans lequel sa parole est reçue – ou refusée. C’est pourquoi nous croiserons les lectures littéraires avec deux notions issues de la philosophie sociale : l’injustice épistémique, telle que Miranda Fricker la définit – soit la dépréciation systémique du savoir de certains sujets, discrédités en raison de leur identité (genre, classe, origine), indépendamment de la valeur de leur témoignage11 – et le détournement cognitif (gaslighting), tel que le décrit Hélène Frappat – soit le déni actif de la réalité perçue par un sujet, procédé par lequel l’entourage amène la victime à douter de ses propres perceptions12. À ces deux outils s’ajoute la figure de la rabat-joie (killjoy) théorisée par Sara Ahmed : celle dont l’obstination à dire ce qui dérange – à « gâcher la fête » – constitue non pas un défaut mais une praxis, une méthode de résistance par la persistance13. Dans ce cadre, la question que pose Zarqāʾ se déplace : le problème n’est pas sa parole, mais l’incapacité sociale à l’accueillir. Les poèmes que nous étudions formulent, chacun à sa manière, les conditions de cette incapacité et esquissent ce que nous appellerons, avec Georges Didi-Huberman, une « organisation de notre pessimisme14 » – c’est-à-dire une infrastructure d’écoute capable de convertir les signes d’alerte en protocoles d’attention collective.

L’article se déploie en trois temps. Nous analyserons d’abord les deux textes fondateurs – ceux d’al-Manāsra et Dunqul – en montrant comment chacun transforme la légende en dispositif poétique, et comment les concepts d’injustice épistémique et de détournement cognitif éclairent leurs stratégies formelles. Nous examinerons ensuite le chœur des voyantes que la poésie moderne compose autour de Zarqāʾ – Ḥadhām, al-Zabbāʾ et d’autres figures féminines dont la lucidité est disqualifiée – pour montrer comment cette polyphonie installe une généalogie tragique au féminin, liée à la distribution inégale du crédit épistémique. Nous interrogerons enfin le déplacement de l’alerte vers ce que nous appelons une écologie du sensible – lorsque les « arbres qui marchent » cessent de désigner un camouflage militaire pour devenir l’indice d’un milieu en crise (ville, air, lumière, déchets), reconfigurant la prophétie en politique du futur.

La fondation poétique : al-Manāsra (1966) et Dunqul (après 1967)

Al-Manāsra : Zarqāʾ-Jafrā, ou l’alerte populaire

Le poème « Zarqāʾ al-Yamāma » de ʿIzz al-Dīn al-Manāsra paraît en décembre 1966 dans la revue al-Ādāb, soit six mois avant la guerre de Juin, et constitue, selon la chronologie désormais établie par la critique, le premier texte moderne à faire de la figure de Zarqāʾ un élément structurant du poème – et non un simple ornement érudit15. L’originalité de ce texte tient à un geste de fusion : al-Manāsra entrelace Zarqāʾ, la voyante préislamique, avec Jafrā, figure emblématique du chant populaire palestinien. Jafrā désigne à l’origine un type d’uġniya šaʿbiyya (chanson populaire) associée aux fêtes de mariage et à la dabka (danse collective) en Palestine ; le nom renvoie aussi, selon les recherches d’al-Manāsra lui-même, à une femme palestinienne réelle qui quitta la Palestine après la catastrophe de 1948 et vécut au Liban16. En faisant de Jafrā et de Zarqāʾ une seule figure féminine – « lākin yā Ǧafrā al-Kanʿāniyya / qulti lanā inna al-ašǧār tasīr ʿalā al-ṭuruqāt » (« Mais toi, Jafrā la Cananéenne / tu nous as dit que les arbres marchent sur les routes17» ) –, al-Manāsra opère un raccord entre la mémoire mythique des ayyām al-ʿArab et la mémoire populaire palestinienne. La voyante des temps anciens devient une « jeune fille du présent », de sorte que le mythe est transposé en chronique et que l’héritage préislamique vient porter la voix populaire contemporaine.

Ce qui frappe dans le poème, c’est la scène de co-attestation qui s’y joue. Le locuteur ne parle pas au-dessus de Zarqāʾ-Jafrā, mais à côté d’elle, comme un témoin solidaire de l’inattention collective : « aqraʾuhu saṭran saṭran raġma al-tamwīh » (« je le lis ligne à ligne, malgré le camouflage18 »), puis, dans un aveu décisif : « wa-li-hāḏā mā ṣaddaqaki siwāy » (« c’est pourquoi personne ne t’a crue, sauf moi19 »). Cette déclaration déplace la figure prophétique : il ne s’agit plus d’une voyante solitaire dont le don surhumain est incompris, mais d’une épreuve de crédibilité collective où un seul sujet – le poète – accepte de prêter foi au témoignage disqualifié. Lue à travers le prisme de Miranda Fricker, cette scène illustre ce que la philosophe appelle un déficit de crédibilité testimoniale : Zarqāʾ-Jafrā possède un savoir pertinent et vérifiable (les arbres marchent effectivement parce que l’ennemi s’y dissimule), mais ce savoir est déprécié par la communauté en raison de préjugés identitaires – son statut de femme, sa parole jugée invraisemblable par ceux qui auraient dû l’entendre. Le geste du locuteur – « sauf moi » – constitue alors une tentative de réparation épistémique : croire Zarqāʾ, c’est restaurer le crédit qui lui a été refusé par les siens. Ce qui frappe dans le poème, c’est la scène de co-attestation qui s’y joue. Le locuteur ne parle pas au-dessus de Zarqāʾ-Jafrā, mais à côté d’elle, comme un témoin solidaire de l’inattention collective :« aqraʾuhu saṭran saṭran raġma al-tamwīh » (« je le lis ligne à ligne, malgré le camouflage20 »), puis, dans un aveu décisif : « wa-li-hāḏā mā ṣaddaqaki siwāy » (« c’est pourquoi personne ne t’a crue, sauf moi21 »). Cette déclaration déplace la figure prophétique : il ne s’agit plus d’une voyante solitaire dont le don surhumain est incompris, mais d’une épreuve de crédibilité collective où un seul sujet – le poète – accepte de prêter foi au témoignage disqualifié. Lue à travers le prisme de Miranda Fricker, cette scène illustre ce que la philosophe appelle un déficit de crédibilité testimoniale : Zarqāʾ-Jafrā possède un savoir pertinent et vérifiable (les arbres marchent effectivement parce que l’ennemi s’y dissimule), mais ce savoir est déprécié par la communauté en raison de préjugés identitaires – son statut de femme, sa parole jugée invraisemblable par ceux qui auraient dû l’entendre. Le geste du locuteur – « sauf moi » – constitue alors une tentative de réparation épistémique : croire Zarqāʾ, c’est restaurer le crédit qui lui a été refusé par les siens. Ce qui frappe dans le poème, c’est la scène de co-attestation qui s’y joue. Le locuteur ne parle pas au-dessus de Zarqāʾ-Jafrā, mais à côté d’elle, comme un témoin solidaire de l’inattention collective : « aqraʾuhu saṭran saṭran raġma al-tamwīh » (« je le lis ligne à ligne, malgré le camouflage 22 » ), puis, dans un aveu décisif : « wa-li-hāḏā mā ṣaddaqaki siwāy » (« c’est pourquoi personne ne t’a crue, sauf moi23 »). Cette déclaration déplace la figure prophétique : il ne s’agit plus d’une voyante solitaire dont le don surhumain est incompris, mais d’une épreuve de crédibilité collective où un seul sujet – le poète – accepte de prêter foi au témoignage disqualifié. Lue à travers le prisme de Miranda Fricker, cette scène illustre ce que la philosophe appelle un déficit de crédibilité testimoniale : Zarqāʾ-Jafrā possède un savoir pertinent et vérifiable (les arbres marchent effectivement parce que l’ennemi s’y dissimule), mais ce savoir est déprécié par la communauté en raison de préjugés identitaires – son statut de femme, sa parole jugée invraisemblable par ceux qui auraient dû l’entendre. Le geste du locuteur – « sauf moi » – constitue alors une tentative de réparation épistémique : croire Zarqāʾ, c’est restaurer le crédit qui lui a été refusé par les siens.

La composition métrique du poème accompagne cette progression dramatique. Comme l’a montré Jeries Khoury, al-Manāsra utilise trois mètres en alternance : al-mutadārik dans le premier mouvement, al-mutaqārib dans le deuxième, puis de nouveau al-mutadārik, avant de clore sur le mètre wāfir24. Les deux premiers mètres, proches dans leur structure, sont fréquemment employés dans les textes à caractère narratif en raison de leur souplesse ; le passage au wāfir dans la clausule confère au dernier mouvement – celui de la déploration et de l’avertissement adressé aux Arabes – un caractère oratoire et incantatoire. La prosodie devient ainsi la scène même de l’alerte : la métrique narrative (récit du désastre) cède la place à la métrique lyrique (interpellation d’un auditoire indifférent), comme si le poème cherchait à retenir l’attention puis à ramener à l’écoute ceux qui se sont détournés.

Le poème se clôt sur un constat amer : les yeux de « la douce aux yeux bleus » (ʿayn al-ḥilwa al-zarqāʾ) ont été arrachés, le drapeau palestinien a été interdit, un autre drapeau a été hissé sur les remparts25. Al-Manāsra fait de Zarqāʾ une « paysanne » (fallāḥa), ancrant la figure mythique dans le terreau concret de la Palestine rurale et signalant que l’arrachement des yeux de la terre est une tentative d’effacement de la violence coloniale Après la guerre des Six Jours, al-Manāsra affirmera que son poème possédait un caractère visionnaire : il avait écrit l’alerte six mois avant le désastre, mais personne ne l’avait cru – reproduisant ainsi, dans le champ littéraire, le scénario même de la légende.

Dunqul : l’adresse sans réponse, ou la scène d’écoute empêchée

Si al-Manāsra fonde le dispositif poétique de Zarqāʾ, Amal Dunqul le refonde après la défaite en déplaçant la focale : du camouflage déchiffré vers l’écoute empêchée, de la co-attestation vers le monologue adressé. Son long poème al-Bukāʾ bayna yaday Zarqāʾ al-Yamāma est structuré comme un appel sans réponse : un soldat défait – le corps couvert de blessures, le front poudré de sable, l’épée brisée – se traîne devant la « voyante sacrée » (al-ʿarrāfa al-muqaddasa) et implore sa parole. Le texte s’ouvre sur une supplique : « ayyatuhā al-ʿarrāfa al-muqaddasa / ǧiʾtu ilayki muṯḫanan bi-l-ṭaʿanāt wa-l-dimāʾ » (« Ô voyante sacrée / je suis venu à toi couvert de blessures et de sang26 »). Le locuteur demande à Zarqāʾ de parler – « takallamī ayyatuhā al-nabiyya al-muqaddasa / takallamī, takallamī » (« Parle, ô prophétesse sacrée, parle, parle27 ») – mais la voyante demeure muette jusqu’à la fin du poème. Son mutisme ne signifie pas un déficit de savoir : il signifie politiquement que la scène d’écoute ne s’ouvre pas.

Jeries Khoury a montré que le texte combine deux figures légendaires de l’époque préislamique : Zarqāʾ, la voyante que personne n’écoute, et ʿAntara, le héros-esclave de la tribu de ʿAbs, envoyé au combat sans préparation ni considération28. Le locuteur du poème est ainsi identifié progressivement comme un « ʿAntara » contemporain – c’est-à-dire comme le peuple ordinaire, envoyé à la guerre par des dirigeants qui n’ont jamais daigné lui accorder la parole : « qīla lī ‘uḫrus…’ / fa-ḫaristu… wa-ʿamītu… wa-intamastu bi-l-ḫiṣyān » (« On m’a dit ‘Tais-toi…’ / alors je me suis tu… aveuglé… réduit à l’impuissance29 »). La figure du soldat-esclave qui se tourne vers la voyante-intellectuelle comme vers la seule instance digne de confiance installe une dramaturgie de l’adresse qui est aussi une critique du pouvoir : ceux qui auraient dû écouter la prophétesse ont préféré « marchander sur le dos » du peuple et « chercher le salut dans la fuite » lorsque « le tranchant de l’épée a surgi ».

C’est dans les formules du déni que le poème rejoint le plus directement les concepts qui nous occupent. Dunqul met dans la bouche du soldat le rappel de ce que la communauté a fait subir à Zarqāʾ : « qulti lahum mā qulti ʿan qawāfil al-ġubār / fa-ttahamū ʿaynayki yā Zarqāʾ bi-l-bawār » (« Tu leur as dit ce que tu as dit des caravanes de poussière / ils ont accusé tes yeux, ô Zarqāʾ, de stérilité30 ») ; « qulti lahum mā qulti fī masīrat al-ašǧār / fa-staḍḥakū min wahmiki al-ṯarṯār » (« Tu leur as dit ce que tu as dit de la marche des arbres / ils ont ri de ton bavardage chimérique31 »). Le terme ṯarṯār (bavard, chimérique) est capital : il condense le mécanisme de disqualification épistémique décrit par Fricker – la réduction d’un témoignage valide à du « bavardage » en raison du statut de celle qui parle. Plus encore, l’accusation de bawār (stérilité, ruine) portée contre les yeux de Zarqāʾ relève du détournement cognitif tel que le théorise Frappat : il ne s’agit pas seulement de ne pas croire la voyante, mais de retourner contre elle sa propre perception, de faire passer sa lucidité pour une pathologie. Le poème documente ce double mécanisme – injustice épistémique (on ne la croit pas parce qu’elle est qui elle est) et détournement cognitif (on lui dit que ce qu’elle voit n’existe pas) – et montre que la catastrophe naît non malgré la prophétie, mais par sa non-réception.

Le poème se clôt sur l’image de Zarqāʾ « waḥīda… ʿamyāʾ » (« seule… aveugle 32 ») tandis que, autour d’elle, les chants d’amour continuent, les voitures luxueuses circulent, les vêtements à la mode s’étalent – comme si rien ne s’était passé. Cette clausule, où la voyante mutilée coexiste avec l’indifférence de ceux qui n’ont pas su l’entendre, fait de Zarqāʾ une rabat-joie au sens de Sara Ahmed : celle dont la persistance à dire le vrai dérange l’ordre social, et dont le châtiment (l’arrachement des yeux, c’est-à-dire la confiscation du regard et de l’autorité du dire) vise non pas à corriger une erreur, mais à faire taire une lucidité insupportable. L’obstination de la voyante – parler malgré le rire, alerter malgré le déni – devient alors une praxis, une méthode de résistance que le poème recueille et transmet.

Deux gestes complémentaires

Chacun à sa manière, Al-Manāsra et Dunqul transforment la légende de Zarqāʾ en dispositif poétique. Al-Manāsra fonde ce dispositif en faisant de Zarqāʾ-Jafrā le principe structurant du poème, relais de voix (le chant populaire palestinien croise la geste préislamique), et relance rituelle de l’avertissement ; le geste de co-attestation (« personne ne t’a crue, sauf moi ») constitue une tentative de réparation du déficit de crédibilité testimoniale. Dunqul, quant à lui, refonde ce dispositif en donnant forme au refus d’entendre : le poème ne décrit pas seulement une catastrophe, il met en scène les conditions sociales qui l’ont rendue possible, en documentant le déni (ṯarṯār), la disqualification (bawār), et la fuite des responsables. Les deux textes, publiés durant le tournant de 1966-1967, convergent vers une même conclusion : l’alerte n’est pas une information, c’est une épreuve, et la communauté se mesure à sa capacité (ou non) de créditer celles et ceux qui voient avant les autres. C’est ce tournant poétique qui explique la postérité de la figure : si tant de poètes contemporains actualisent ensuite Zarqāʾ, c’est que ces deux textes ont déplacé le mythe du champ du récit au régime de l’écoute, du voir (fantasmé) au croire (en crise).

Le chœur des voyantes : polyphonie féminine et injustice épistémique

Ḥadhām et al-Zabbāʾ : les sœurs de destin

Autour de Zarqāʾ al-Yamāma, la poésie arabe moderne compose un véritable chœur d’avertisseuses dont la lucidité est tenue pour « fable » par ceux qui devraient l’entendre. Deux figures dominent cet intertexte féminin : Ḥadhām et al-Zabbāʾ.

Ḥadhām est convoquée par Aḥmad al-Ṣāliḥ dans son poème « Fī ḍiyāfat al-Mutanabbī ». Sa formule proverbiale – « lam yastabīnū al-naṣḥ » (« ils n’ont pas su discerner le conseil33 ») – sert de refrain critique et condense la scène d’une audition empêchée, où l’unanimisme et l’arbitraire du pouvoir (istibdād bi-l-raʾy) congédient toute écoute du dissensus. Le poème inscrit la voyante dans une chaîne d’événements qui va de la bataille de Ṣiffīn (657), épisode fondateur de la discorde (fitna) dans l’histoire de l’islam, jusqu’aux avatars modernes du pouvoir autoritaire. Dans chaque cas, l’aveuglement des élites fabrique le désastre. Cette scène d’audition empêchée illustre de manière exemplaire ce que Fricker nomme l’injustice herméneutique – non seulement le témoignage de la voyante est discrédité (injustice testimoniale), mais la communauté ne dispose pas des ressources interprétatives nécessaires pour donner sens à ce qu’elle dit : le conseil est là, mais nul ne sait le « discerner » (yastabīnū).

Al-Zabbāʾ, quant à elle, est convoquée par Dunqul au cœur de al-Bukāʾ bayna yaday Zarqāʾ al-Yamāma à travers le célèbre distique : « mā li-l-ǧamāli mašyuhā waʾīdan / a-ǧandalan yaḥmilna am ḥadīdan » (« Pourquoi les chameaux avancent-ils si lentement ? Portent-ils des roches ou du fer34 ? »). Ce vers, attribué à al-Zabbāʾ dans la tradition des ayyām al-ʿArab, exprime le soupçon prophétique face au « cadeau-embuscade » : les chameaux chargés de présents marchent trop lentement, signe que leur cargaison dissimule des soldats armés. Dunqul réactive ce soupçon pour recalculer le présent sous le signe de la ruse reçue comme bavardage : la voyante a tenté d’alerter, mais ses proches ont préféré l’illusion rassurante à la vérité inquiétante. Chez Bāʿaṭab, qui consacre un poème entier à al-Zabbāʾ, la trahison est décrite en termes crus : la voyante « vend son voile aux enchères » et « achète des veaux avec des cerveaux35 » – allégorie du pacte social rompu, où la clairvoyance féminine est sacrifiée par des médiateurs infidèles. Le distique « mā li-l-ǧamāl » fonctionne alors comme un test de crédibilité : ce qui compte n’est pas l’oracle en soi, mais la capacité de la communauté à écouter celle qui le prononce.

Le partage de vision et les actualisations contemporaines

D’autres poètes choisissent de « partager » la vision de Zarqāʾ plutôt que d’en faire une exception isolée. Chez al-Barādʿī, la métaphore devient dispositif optique : « aṭbiqī ʿaynayki yā Zarqāʾ / innī fīhimā / wa-arīnī kayfa abṣarti al-šaǧar / rākiḍan naḥwa al-Yamāma / ʿabra ālāf al-farāsiḫ » (« Ferme tes yeux, ô Zarqāʾ / je suis en eux / montre-moi comment tu as vu l’arbre courir vers al-Yamāma / sur des milliers de lieues 36 »). Le locuteur demande à habiter les yeux de la voyante pour apprendre à voir ce qu’elle voit. La suite du poème met au jour une économie morale du présent : les fleurs sont des épées, le soleil est « égorgé pour le repos d’un prince », la peur est devenue « parfum pour chaque nez 37 ». La vision n’est plus un don individuel ; elle devient une perception politisée, transmise, où « voir » signifie lire les camouflages du réel et les déconstruire à deux.

Abd al-Karīm al-ʿAwda substitue « Fāṭima » à Zarqāʾ dans son poème « al-Bukāʾ bayna yaday Fāṭima », signalant que la voyante est désormais une contemporaine dont l’œil « a vu ce qu’il est douloureux de voir38 ». À l’inverse, Muḥammad Ḥasīb al-Qāḍī, dans « Ḫaḍrāʾ al-Yamāma », remplace la couleur bleue (zarqāʾ) par le vert (ḫaḍrāʾ) sans justification sémantique convaincante, produisant surtout un heurt avec la mémoire culturelle qui associe depuis des siècles l’acuité visuelle à la « bleue39 » – comme le note al-Ṭuwayrqī, la question n’est pas celle de la couleur mais celle de l’acuité du regard.

Une généalogie tragique au féminin

Ce tressage de voix fonde une généalogie tragique où l’énonciation d’alerte, son accueil et sa mémoire s’éprouvent ensemble. Zarqāʾ, Ḥadhām, al-Zabbāʾ, Jafrā, Fāṭima : autant de figures dont la parole est récusée par ceux qui devraient l’entendre, et dont le châtiment (arrachement des yeux, suicide, exil, oubli) sanctionne non pas l’erreur mais la lucidité. La critique a qualifié Zarqāʾ de « Cassandre de l’Iliade arabe40 » ; on pourrait ajouter que le chœur des voyantes qui l’entoure constitue une polyphonie de Cassandres, où chaque voix rejoue la même scène d’écoute manquée dans un contexte différent. Cette polyphonie touche directement aux questions de justice épistémique : les poèmes exhibent la distribution inégale du crédible, la manière dont on disqualifie un savoir situé (féminin, minoré) et dont la communauté, en refusant d’ouvrir la scène d’écoute, fabrique son propre aveuglement.

Écologie de l’alerte : du camouflage militaire au milieu en crise

Les « arbres » comme milieu

Les « arbres qui marchent » n’épuisent pas, chez les poètes de l’après-1967, la seule ruse militaire du camouflage. Le motif ouvre un champ d’intelligibilité où le visible devient politique de l’environnement – où le terme « écologie » est pris non pas au sens métaphorique mais au sens concret d’un rapport au milieu sensible (air, lumière, déchets, saisons) qui signale la catastrophe en cours.

Chez al-Qāḍī, le déplacement est explicite : l’ennemi n’est plus seulement « dissimulé derrière des branchages », c’est « la mort elle-même qui se cache dans les arbres qui marchent » (arā al-mawt al-mutaḫaffī bi-l-šaǧar al-maššāʾ), tandis qu’« on aiguise le couteau derrière la porte » (asmaʿu šaḥḏ al-mudya ḫalf al-bāb41). La formule déborde le motif originel : l’arbre cesse d’être un simple paravent et devient l’opérateur d’une écologie funèbre, un milieu où la menace se confond avec la forme du vivant et son apparence verdoyante. Le décor n’est plus neutre ; il est l’agent d’une violence diffuse.

Chez Bāʿaṭab, les chroniques urbaines prennent le relais : « Aujourd’hui, dans notre petit village, le corps pourrit » ; « Mon demain est un minaret fracassé » ; « La décharge de la ville bavarde42 ». On est passé des « forêts » de branches à des forêts de signes – ferrailles, décombres, déchets – où la ruine logistique (eau, propreté, circulation) fait système. La ville, saturée de rebuts, devient l’équivalent moderne de la « marche des arbres » : un milieu qui avance sur la communauté et l’absorbe, comme l’armée de Ḥassān avançait sous le couvert des branchages.

Chez al-Barādʿī, la métaphore opère par « partage de vision » et débouche sur une atmosphère pathologique : les fleurs comme des épées, le soleil égorgé, la peur-parfum. La guerre s’est faite climat, et c’est le milieu sensible – la saison, la qualité de l’air, la lumière – qui devient l’archive probatoire du désastre.

L’alerte projetée dans le futur

D’autres textes rejouent l’alerte en la projetant dans le temps à venir. Dans des « Mémoires » placées sous le signe de Zarqāʾ, on lit « le temps qui vient où l’homme dévorera le bras de son frère » (sayaltahimu al-marʾ fīhi ḏirāʿ aḫīhi), « où les mouches des immondices jugeront les oiseaux » (inna ḏubāb al-qumāma sawfa yuḥākimu kull al-ṭuyūr), « où les porcs mangeront la chair des hommes43 » – satire visionnaire d’un monde retourné, dont les hiérarchies naturelles sont profanées. L’alerte porte autant sur ce qui est là que sur ce qui vient : elle décrit des causalités déjà à l’œuvre (déchet, faim, dérèglement des milieux) et en extrapole la procédure.

Sur ce fond d’atmosphères abîmées, le contre-récit de Muḥammad al-Ṯubaytī ouvre une brèche. Sa « récitation du commencement » fait « pousser les racines de l’eau » et s’achève sur un « accouchement 44 » : la langue ritualise une écoute qui n’est plus sidérée par l’alerte mais capable d’en convertir la négativité en procédure d’attention et de soin. C’est, pour reprendre la formule de Didi-Huberman, une manière d’« organiser notre pessimisme » – non par le déni, mais par une scénographie de l’accueil.

L’infrastructure d’écoute

C’est à cette aune qu’on peut parler d’écologie de l’alerte au sens propre : la prophétie ne prédit pas au sens d’une annonce de l’avenir, elle règle l’attention en milieu critique. L’« infrastructure d’écoute » que propose la figure de Zarqāʾ se lit dans trois opérations poétiques que notre parcours a permis de dégager. Premièrement, l’adresse, qui déplace le prophétique hors du solitaire vers une scène d’écoute partagée (du soldat à la voyante chez Dunqul, du locuteur à Zarqāʾ-Jafrā chez al-Manāsra, du poète au « nous » collectif). Deuxièmement, la description chorale, qui agrège fragments, foules, ruines, poussières et « décharges » en un document sensible – non plus un oracle isolé mais un chœur qui fait mémoire. Troisièmement, la répétition d’images-preuves (arbres, poussière, yeux, couteaux) qui ne visent pas à argumenter mais à performer l’alarme : les « preuves » poétiques ne sont pas des pièces à conviction, elles instituent un régime de visibilité qui neutralise les mécanismes de discrédit. C’est en ce sens que l’alerte poétique se confronte frontalement à l’injustice épistémique et au détournement cognitif : le texte documente le déni, donne place au rire qui couvre la voix, puis rétablit, par la forme, les conditions de la croyance.

Conclusion

La question cassandrienne n’est pas « qui dit vrai ? » mais « qui est cru ? ». Relue depuis Zarqāʾ al-Yamāma, elle déplace l’enjeu du savoir vers l’épreuve de l’écoute. La scène matricielle – l’alerte précise (« des arbres qui marchent »), l’incrédulité collective, la capture et l’éborgnement de la voyante – a fixé, dès la geste des ayyām al-ʿArab, le noyau tragique d’un récit où la catastrophe naît moins d’un déficit de vision que d’une défaillance de réception. Les réécritures modernes ne se contentent pas de rappeler ce scénario ; elles en explorent les mécanismes sociaux à la lumière de ce que nous avons identifié comme injustice épistémique (la dépréciation systémique du témoignage de la voyante parce qu’elle est femme, parce qu’elle dit l’invraisemblable, parce qu’elle dérange) et détournement cognitif (le retournement de sa perception contre elle-même : « tes yeux sont stériles », « tu bavardes »).

Les poèmes étudiés ne se limitent pas à dénoncer ces mécanismes : ils en proposent une contre-pratique formelle. Chez al-Manāsra, la co-attestation (« personne ne t’a crue, sauf moi ») esquisse une réparation du crédit épistémique confisqué. Chez Dunqul, le monologue adressé met en scène l’obstruction politique de la réception et documente, par les formules du déni (ṯarṯār, bawār), les procédures concrètes du détournement cognitif. Chez al-Barādʿī, le « partage de vision » transforme la prophétie en perception commune. Chez Bāʿaṭab et al-Qāḍī, le déplacement vers l’urbain et l’environnemental montre que les « arbres qui marchent » sont désormais des régimes d’air, de lumière et de déchets – que l’alerte porte non plus sur un ennemi caché mais sur un milieu devenu hostile. Chez al-Ṯubaytī, enfin, le contre-récit de la « récitation du commencement » indique qu’il est possible de convertir la négativité de l’alerte en procédure d’attention et de soin.

La leçon de Zarqāʾ pourrait être la suivante : lire n’apprend pas seulement à voir, mais à recevoir. Faire place aux Cassandres contemporaines exige que la parole dissidente ne soit plus mise en échec par la scène qui devrait l’entendre. C’est aussi assumer, avec la rabat-joie, l’obstination comme méthode : poursuivre l’alerte, non contre la communauté, mais pour la rendre capable de croire avec discernement. Du côté de Zarqāʾ, cela s’appelle « tenir » ; du côté du lecteur, cela s’appelle « apprendre à croire ». Et l’histoire, des ayyām al-ʿArab aux crises du présent, l’enseigne : chaque fois que l’on a su croire Zarqāʾ – c’est-à-dire se croire responsables de ce qu’elle fait voir – le désastre n’a pas changé de nature, mais notre capacité de lui répondre s’est accrue.


  1. Voir Muḥammad b. Ǧarīr al-Ṭabarī, Tārīḫ al-rusul wa-l-mulūk, Le Caire, Dār al-maʿārif, 1960, vol. 1, p. 629-631. Pour une synthèse des principales versions médiévales (Wahb b. Munabbih, al-Ṭabarī, al-Masʿūdī, Ibn Ḫaldūn) et une analyse du motif des « arbres qui marchent » et du proverbe abṣar min al-Zarqāʾ, voir Muḥammad Mišʿal al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », Maǧallat Ǧāmiʿat Umm al-Qurā li-ʿulūm al-luġāt wa-l-ādābihā, nᵒ 2, juillet 2009, p. 223-227.↩︎

  2. Jeries Khoury, « Zarqā’ al-Yamāma in the Modern Arabic Poetry : A Comparative Reading », Journal of Semitic Studies, Vol. 53, nᵒ 2, 2008, p. 2.↩︎

  3. Voir (Amal Dunqul, Al-Aʿmāl al-kāmila, Le Caire, Dār al-Šurūq, 2019, s. p). La Naksa (« revers ») désigne la défaite arabe lors de la guerre des Six Jours (juin 1967), qui aboutit à l’occupation par Israël de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du plateau du Golan.↩︎

  4. Al-Barādʿī et Ḫālid Muḥyī al-Dīn, Al-Ġināʾ bayna al-sufun al-tāʾiha, Bagdad, Wizārat al-iʿlām, 1982, p. 11‑12.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », Maǧallat Ǧāmiʿat Umm al-Qurā li-ʿulūm al-luġāt wa-l-ādābihā, nᵒ 2, 2009, p. 232‑233.↩︎

  5. Aḥmad Sālim Bāʿaṭab, ʿUyūn taʿšaqu al-sahar, Arabie Saoudite, Dār al-Aṣfahānī, s. d., p. 45‑46.
    Voir Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit. qui analyse ce poème comme exemple de reprise moderne de Ḥadhām et de son proverbe lam yastabīnū al-naṣḥ.↩︎

  6. Ahmad Al-Ṣāliḥ, Intafiḍī ayyatuhā al-malīḥa, Dār al-ʿulūm li-l-ṭibāʿa wa-l-našr, 1983, p. 78‑88.↩︎

  7. Muḥammad Ḥasīb Al-Qāḍī, Maryam taʾtī, Beyrouth, Dār al-ṭalīʿa, 1983, p. 17.↩︎

  8. Muhammad Al-Ṯubaytī, Al-Taḍārīs, Djeddah, Kitāb al-nādī al-adabī al-ṯaqāfī, p. 7‑10.↩︎

  9. ʿAbd al-Karīm Al-ʿAwda, « Al-Bukāʾ bayna yaday Fāṭima », Muʿǧam al-Bābṭīn li-l-šuʿarāʾ al-ʿarab al-muʿāṣirīn, vol. 3, Koweit, Maṭābiʿ al-Qabas, 1995, p. 273.↩︎

  10. Cette posture mériterait une étude à part entière. Al-Manāsra parle à côté de Zarqāʾ-Jafrā, Dunqul parle devant elle : les deux gestes relèvent d’une solidarité poétique qui amplifie la voix confisquée plutôt que d’une ventriloquie qui la remplacerait, mais la question reste ouverte.↩︎

  11. Voir (Miranda Fricker, Epistemic Injustice : Power and the Ethics of Knowing, Oxford, Oxford University Press, 2007). Fricker distingue l’injustice testimoniale (dépréciation du crédit accordé à un locuteur en raison de préjugés liés à son identité) et l’injustice herméneutique (absence des ressources interprétatives nécessaires pour donner sens à l’expérience d’un sujet marginalisé).↩︎

  12. Voir (Hélène Frappat, Le Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes, Paris, Éditions de l’Observatoire, coll. « La relève », 2023). Le détournement cognitif (gaslighting) désigne un procédé par lequel un sujet – individu ou institution – amène sa victime à douter de ses propres perceptions, souvenirs et jugements, en niant systématiquement la réalité qu’elle perçoit.↩︎

  13. Voir (Sara Ahmed, Manuel rabat-joie féministe, Paris, La Découverte, 2024, s. p). Ahmed théorise la figure de la feminist killjoy comme celle qui, en refusant de se taire face à l’injustice, « gâche la fête » et s’expose au rejet social, mais dont l’obstination constitue une forme de résistance politique.↩︎

  14. Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Paris, Éditions de Minuit, 2009, p. 158.↩︎

  15. Jeries Khoury, « Zarqā’ al-Yamāma in the Modern Arabic Poetry », loc. cit., p. 227‑229.↩︎

  16. Sur Jafrā comme type de chant populaire palestinien et comme figure historique, voir (Ibid., p. 356‑357), qui s’appuie sur un entretien personnel avec al-Manāsra (Amman, 29 mai 2004) et sur ʿIzz al-Dīn al-Manāsra, al-Ǧafrā wa-l-muḥāwarāt : qirāʾāt fī al-šiʿr al-lahǧī fī Filasṭīn al-šamāliyya, Amman, Dār al-Karmal, 1993, p. 26.↩︎

  17. ʿIzz al-Dīn Al-Manāsra, « Zarqāʾ al-Yamāma », al-Aʿmāl al-šiʿriyya, Beyrouth, al-Muʾassasa al-ʿarabiyya li-l-dirāsāt wa-l-našr, 2001, p. 47.↩︎

  18. Ibid.↩︎

  19. Ibid.↩︎

  20. Ibid.↩︎

  21. Ibid.↩︎

  22. Ibid.↩︎

  23. Ibid.↩︎

  24. Jeries Khoury, « Zarqā’ al-Yamāma in the Modern Arabic Poetry », loc. cit., p. 358‑359.↩︎

  25. Amal Dunqul, Al-Aʿmāl al-kāmila, op. cit., p. 48‑9.
    Voir aussi Jeries Khoury, « Zarqā’ al-Yamāma in the Modern Arabic Poetry », loc. cit., p. 358.↩︎

  26. Amal Dunqul, Al-Aʿmāl al-kāmila, op. cit., p. 159.↩︎

  27. Ibid., p. 160.↩︎

  28. Jeries Khoury, « Zarqā’ al-Yamāma in the Modern Arabic Poetry », loc. cit., p. 362‑363.↩︎

  29. Amal Dunqul, Al-Aʿmāl al-kāmila, op. cit., p. 160.↩︎

  30. Ibid., p. 163.↩︎

  31. Ibid.↩︎

  32. Ibid., p. 164‑165.↩︎

  33. Ahmad Al-Ṣāliḥ, Intafiḍī ayyatuhā al-malīḥa, op. cit., p. 46.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 239‑240.↩︎

  34. Distique attribué à al-Zabbāʾ dans la tradition des ayyām al-ʿArab. Voir (Ibid., p. 23) et (Amal Dunqul, Al-Aʿmāl al-kāmila, op. cit., p. 161).↩︎

  35. Aḥmad Sālim Bāʿaṭab, ʿUyūn taʿšaqu al-sahar, op. cit., p. 84.↩︎

  36. Al-Barādʿī et Ḫālid Muḥyī al-Dīn, Al-Ġināʾ bayna al-sufun al-tāʾiha, op. cit., p. 11.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 232‑233.↩︎

  37. Al-Barādʿī et Ḫālid Muḥyī al-Dīn, Al-Ġināʾ bayna al-sufun al-tāʾiha, op. cit., p. 12.↩︎

  38. ʿAbd al-Karīm Al-ʿAwda, « Al-Bukāʾ bayna yaday Fāṭima », loc. cit., p. 273.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 243.↩︎

  39. Ibid., p. 244.↩︎

  40. Abeer Abdullah Al-Abbasi, « Zarqa’ al-Yamama in the Modern Arabic Poetry : A Comparative Reading », SIAQAT : Language and Literary Studies, Vol. 5, nᵒ 1, 2020, p. 261‑279., qui qualifie explicitement Zarqāʾ de « Cassandra of the Arabic Iliad ».↩︎

  41. Muḥammad Ḥasīb Al-Qāḍī, Maryam taʾtī, op. cit., p. 17.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 244.↩︎

  42. Aḥmad Sālim Bāʿaṭab, ʿUyūn taʿšaqu al-sahar, op. cit., p. 78.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 246.↩︎

  43. Ces « Mémoires » prophétiques sont citées dans (Ibid., p. 233‑234)d’après les textes de Muḥammad al-Šaḥāt.↩︎

  44. Muhammad Al-Ṯubaytī, Al-Taḍārīs, op. cit., p. 7‑10.
    Voir aussi Muḥammad Mišʿal Al-Ṭuwayrqī, « Šiʿriyyat al-nubuʾa bayna al-ruʾya wa-l-ruʾyā. Taǧalliyāt Zarqāʾ al-Yamāma fī al-šiʿr al-ʿarabī al-muʿāṣir », loc. cit., p. 247.↩︎