Les algorithmes de l’amour

Marcello Vitali-Rosati
Université de Montréal

Auteur
Résumé
Abstract

Marcello Vitali-Rosati est professeur adjoint de littérature et culture numérique au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal depuis 2012. Après avoir étudié la philosophie à l’Université de Pise et publié une première monographie sur Emmanuel Lévinas, il a obtenu un doctorat en philosophie (Pise/Paris IV-Sorbonne, 2006). Sa thèse (Corps et virtuel. Itinéraires à partir de Merleau-Ponty, publiée en 2009) portait sur le concept de virtuel, notion à laquelle est également dédié son essai S’orienter dans le virtuel (2012). Il a enseigné à l’Université pour étrangers de Pérouse (Italie) et dans des écoles d’art et de technologie à Paris. Il mène une réflexion philosophique sur les enjeux des technologies numériques : la notion d’identité virtuelle (à laquelle est dédiée son essai Égarements, amour, mort et identités numériques, 2014), le concept d’auteur à l’ère d’Internet, et les formes de production, de publication et de diffusion des contenus en ligne.

Les sites de rencontres – en anglais Online dating systems – ont, depuis plusieurs années, acquis une place centrale dans nos pratiques sociales. Comment analyser ce phénomène&nbps;? Comment le comprendre&nbps;? La question n’est pas tant de savoir si les sites de rencontres donnent ou non lieu à de «&nbps;vraies&nbps;» rencontres, mais plutôt sur quels types de valeurs ils se basent et quelles valeurs ils produisent. En d’autres mots, il est nécessaire d’essayer de comprendre l’idée d’amour telle qu’elle est proposée par ces services. Je me concentrerai ici sur les sites qui sont explicitement axés sur l’idée d’amour : l’objectif de ces plateformes est de rendre possible une rencontre à partir de laquelle pourra naître une relation amoureuse durable. Dans cet article j’essaierai de comprendre quelle conception de l’amour se cache derrière les règles des algorithmes de ces sites.

Online dating systems (ODS) have had a central role in our social practices for many years. How can we analyze this phenomenon? How can we understand it? The point is not to know whether or not these services are actually able to facilitate relationship formation, but rather to understand what kinds of values the ODS are based upon and what kinds of values they produce. In other words, it is crucial to understand what ideas of love these platforms are proposing. This paper will focus on the ODS that explicitly have the goal of giving their clients the possibility of meeting someone with whom they can have a love affair or a durable romance. This paper aims to analyze how love is defined according to the ODS algorithms’ rules.


Introduction

L’objectif de ce texte est de poser les bases d’une analyse des conceptions de l’amour sur lesquelles se fondent les algorithmes des sites de rencontres. Ces algorithmes sont certes influencés par une conception de l’amour que l’on retrouve en littérature, mais ils en proposent également une nouvelle en modifiant les topoi littéraires qui les ont initialement inspirés. Les rencontres sur Internet ont souvent été assimilées à une sorte de donjuanisme : au contraire, je propose l’hypothèse que les pratiques numériques témoignent d’un regain d’intérêt pour une certaine idée de « romance ». Je vais présenter ici les enjeux, la méthodologie et les principales pistes d’une recherche actuellement en cours.

Les sites de rencontres – en anglais Online dating systems – ont, depuis plusieurs années, acquis une place centrale dans nos pratiques sociales. L’idée de pouvoir utiliser des dispositifs algorithmiques pour rencontrer quelqu’un n’est plus une nouveauté et n’est pas née avec Internet. Dans les années 1960, des logiciels avait déjà été développés dans cette optique1 ; en France, plusieurs plateformes de rencontres étaient disponibles sur le Minitel dans les années 1980. Mais la rapide diffusion des connexions Internet et la naissance du web dans les années 1990 ont rendu possible un développement remarquable de ce type de services2. Match.com a été fondé en 1993 et c’est probablement aujourd’hui le site de rencontres le plus utilisé du monde ; d’autres plateformes comme eHarmony, OkCupid ou Plenty of Fish sont apparues dans les années qui ont suivi, proposant chacune sa vision de la rencontre amoureuse.

Comment analyser ce phénomène ? Comment le comprendre ? Plusieurs approches sont possibles et beaucoup d’articles et d’ouvrages ont été écrits sur le sujet. La question que nombre de sociologues et de psychologues se sont posés est la suivante : peut-on trouver l’amour sur Internet3 ? En d’autres termes, on cherche à comprendre si la relation amoureuse peut naître d’une rencontre issue d’un premier contact qui n’a pas lieu dans l’espace « réel », mais dans l’espace numérique. On se demande par conséquent si la rencontre virtuelle peut se transformer en une rencontre réelle, d’une part, et si, d’autre part, les algorithmes qui décident de cette rencontre sont assez « efficaces », c’est-à-dire s’ils sont capables de mettre en contact deux personnes qui peuvent « fonctionner » ensemble : c’est là l’idée du verbe anglais to match.

Or, à mon sens, cette approche n’est pas correctement fondée et les réponses que l’on obtient à partir de cette question ne peuvent qu’être très décevantes. En effet, en essayant de comprendre si les rencontres en ligne peuvent être considérées comme de « vraies » rencontres, on se base sur l’hypothèse que l’espace numérique est un espace à part, séparé de l’espace non numérique. Cette séparation, qui impliquerait une réalité mineure de l’environnement numérique par rapport à l’environnement non numérique, est désormais inacceptable. Plusieurs chercheurs4 ont parfaitement montré que l’espace dans lequel nous vivons est de plus en plus hybride et que le numérique a investi l’ensemble de nos pratiques, indépendamment du fait qu’elles soient ou non médiées par un outil technologique. Il faut donc prendre en considération le numérique sous un autre angle : non pas comme un ensemble d’outils, mais bien comme un phénomène culturel.

La question n’est pas tant de savoir si ces plateformes donnent lieu ou non à de « vraies » rencontres, mais plutôt sur quels types de valeurs elles se basent et quelles valeurs elles produisent. Nous vivons de plus en plus dans une culture numérique : notre idée de l’amitié est fortement conditionnée par la conception de l’amitié sur Facebook5, notre idée de pertinence est façonnée par Google, notre rapport à l’espace et au temps est structuré par les dispositifs de vidéoconférence, les GPS, etc. Il est certain que notre idée de l’amour est, elle aussi, influencée par nos pratiques numériques : il est donc nécessaire d’essayer de comprendre l’idée d’amour telle qu’elle est proposée par les sites de rencontres en ligne.

Les plateformes existantes proposent des types de rencontres très différents : certaines promettent en premier lieu des relations sexuelles (AdultFriendFinder, par exemple), d’autres de trouver la personne avec laquelle se marier (eHarmony). On pourrait penser que les sites de rencontres donnent lieu à une forme de donjuanisme : les contacts sont plus faciles et plus nombreux, les relations sont plus légères. Il est possible, théoriquement, de multiplier les relations, pour assouvir l’envie de réitération caractérisant le personnage de Mozart et de Molière. Mais, si on l’examine attentivement, cette tendance, indéniablement présente dans ce type de dispositif, n’est pas la plus significative. Plusieurs sites de rencontres vantent leur capacité de produire des relations amoureuses et il me semble – c’est ce que je souhaite développer ici – que la conception de l’amour mise en avant par ces plateformes évoque davantage l’idée romantique que les relations éphémères des libertins du dix-huitième siècle. On pourrait également aller plus loin et dire que l’approche algorithmique de la relation amoureuse permet de réconcilier les plus rationnels et les plus désenchantés d’entre nous, méfiants vis-à-vis de ce type de relation que tout semble opposer à la raison, avec une idée romantique de l’amour.

Je me concentrerai donc ici sur les sites explicitement axés sur l’idée d’amour : l’objectif de ces plateformes est de rendre possible une rencontre à partir de laquelle pourra naître une relation amoureuse durable. Match.com et OkCupid en sont deux exemples pertinents. Concrètement, ces sites permettent la création d’un profil et mettent en place un algorithme qui relie les profils entre eux : comme tous les autres algorithmes de recommandation, ceux des sites de rencontres se constituent d’ensembles de règles formelles qui permettent l’analyse des données d’un profil pour le mettre en relation avec un autre.

Mais quelle conception de l’amour se cache derrière ces règles ? Qu’est-ce que l’amour pour une plateforme comme OkCupid ? Sur quelle idée d’amour se basent les règles formelles qui constituent l’algorithme ? Ces questions, ici fondamentales, sont indissociables du point opposé : si d’une part les algorithmes se basent sur une idée de l’amour, dans la pratique, ils ont dans le même temps un effet normatif. En d’autres termes, ils produisent eux-mêmes une idée d’amour et celle-ci, partagée par une communaté, devient ensuite une référence pour les comportements.

Pour mieux expliquer ce point, je prendrai l’exemple de l’algorithme du moteur de recherche Google, PageRank. L’idée à la base de PageRank est de classer un ensemble de contenus dans un ordre hiérarchique : du plus pertinent au moins pertinent. Bien évidemment, l’algorithme se base pour ce faire sur une conception précise de ce qui est pertinent, comme l’a très bien montré Dominique Cardon dans son article Dans l’esprit du PageRank. Une enquête sur l’algorithme de Google : « Le principe qui sous-tend cette démarche n’est pas nouveau et s’enracine dans deux traditions différentes : celle de la sociométrie, qui va réunir psychologie et mathématique des graphes autour des propriétés de la forme réseau et celle de la scientométrie qui va porter les savoirs de la bibliothéconomie vers l’évaluation de l’activité scientifique.6 » Ces deux traditions sont la base pour définir la légitimité d’un contenu : PageRank prend la méritocratie académique comme critère pour évaluer les contenus. Il y a donc là une notion de ce qu’est la légitimité d’un contenu et de ce que sont les dispositifs de validation d’une information. Cette idée est spécifique à un certain type de culture – dans le cas de PageRank, une culture académique particulière qui s’est développée aux États-Unis à partir des années 1930. En même temps, dans nos pratiques, l’idée de pertinence et de qualité que propose PageRank acquiert de plus en plus une fonction normative, car elle affecte les comportements des internautes et, surtout, ceux des producteurs de contenus en ligne. Pour avoir de la visibilité, il faudra structurer un site Internet de façon à ce qu’il réponde aux critères de Google. On finit par adhérer à l’idée de pertinence sur laquelle repose le fonctionnement de PageRank. L’algorithme est, d’une part, inséré dans un contexte culturel déterminé et produit, d’autre part, un impact sur la définition d’un nouveau contexte culturel : il se base sur des valeurs préexistantes et en génère par là même de nouvelles.

Or il est nécessaire d’interroger de la même manière les algorithmes des sites de rencontres.

Étudier les algorithmes

Sur une note méthodologique, il est nécessaire de préciser que nous n’avons bien évidemment pas accès au code source de ces algorithmes. L’ensemble du code relève de la propriété légale et il n’est par conséquent pas possible de l’analyser d’un point de vue mathématique ou informatique. Même dans le cadre de l’étude de PageRank, Dominique Cardon s’est trouvé face à cette problématique. Nous n’avons accès qu’aux textes avec lesquels les entreprises communiquent sur leurs algorithmes. Cela empêche une évaluation objective du fonctionnement de ces derniers, mais ne limite en rien le questionnement que je souhaite développer ici : il ne s’agit pas, en effet, de comprendre le fonctionnement réel de ces algorithmes, à savoir leur structure mathématique exacte, mais d’analyser leurs bases culturelles, leurs valeurs. La communication publicitaire sur leur fonctionnement constitue donc un excellent point de départ. Elle peut bien évidemment être associée à l’observation du comportement de l’algorithme lors du traitement des données.

Voici la courte présentation que l’on peut trouver sur la page d’accueil de Match.com :

Every year, hundreds of thousands of people find love on Match.com. Match.com pioneered the Internet dating industry, launching in 1995 and today serves millions of singles in 24 countries. Match.com continues to redefine the way single men and single women meet, flirt, date and fall in love, proving time and again that you can make love happen through online dating and that lasting relationships are possible. Match.com singles are serious about finding love. And Match puts you in control of your love life ; meeting that special someone and forming a lasting relationship is as easy as clicking on any one of the photos and singles ads available online.

Il me semble avant tout nécessaire de souligner le fait que Match.com se présente d’abord comme un « service » pour « trouver l’amour » (« find love »). L’idée qui suit immédiatement est liée à la quantité, « des millions de célibataires dans 24 pays » (« millions of singles in 24 countries »), présentée ici comme une garantie de qualité. En troisième lieu, on insiste sur l’authenticité et une certaine magie de l’amour proposé par la plateforme : « you can make love happen ». Love happens, l’amour apparaît, arrive, comme par magie. Enfin, il faut signaler la dimension de contrôle : « vous contrôlez votre vie amoureuse » (« Match puts you in control of your love life »).

Ces données pourraient sembler contradictoires, mais en réalité elles cachent une polarité ancienne caractérisant notre façon de penser l’amour : une polarité qui dérive de l’idée médiévale d’amour et qui s’est ensuite transformée tout au long des siècles. En effet, l’amour est en partie relié à une sorte de destin, de nécessité. Cette nécessité est à la base de l’idée de trouver « la bonne personne », la seule de qui on puisse tomber amoureux. Mais en même temps, cette notion est accompagnée d’une autre, complémentaire : l’amour vient par hasard. Les poètes du Dolce Stil Novo parlaient de « l’incantamento », une chance mystérieuse, une sorte de magie. Comment concilier ces deux notions ? Comment réunir la capacité de contrôle mise à disposition par la calculabilité, et la dimension magique de la rencontre amoureuse ?

Les algorithmes peuvent facilement donner une réponse à la première question : la plateforme va explorer les profils de millions de personnes et, grâce à sa capacité de calcul, l’algorithme trouvera la bonne personne, la seule au milieu d’un nombre immense de profils. La rencontre est donc nécessaire entre les deux personnes qui ont été sélectionnées parmi la totalité – ou presque – des profils disponibles. La puissance de calcul assume en quelque sorte le rôle du destin : en ayant la possibilité de chercher dans une immense masse de données, il sera possible d’aller au-delà des aléas qui pourraient empêcher une rencontre. Or, dans les faits, il n’en est pas réellement ainsi. En effet, les rencontres proposées sont très ciblées et, par exemple, très axées sur la proximité géographique. La promesse est pourtant d’effectuer une recherche dans l’ensemble des profils, et c’est cette promesse qui permet de ne pas assimiler la nature du service offert à une pure démarche commerciale. Il ne s’agit pas de « vendre » le bon profil, mais d’identifier la bonne personne, la seule avec qui une relation amoureuse sera ensuite envisageable. Cette rhétorique caractérise la quasi-totalité des plateformes. Une analyse attentive du discours nous fait comprendre que ce qu’essaient de proposer les sites de rencontres – du moins par les mots – est véritablement une relation amoureuse, une romance. Le nombre de profils disponibles et la force de calcul de la machine ne sont pas mis au service de la séduction facile, mais, au contraire, ces deux aspects garantissent la nécessité d’une rencontre avec la fatidique « bonne personne ».

Mais la puissance de calcul pourrait aussi constituer un obstacle à la deuxième idée que je viens d’évoquer : comment retrouver, dans le cadre d’une rencontre « calculée » par une machine, la magie qui devrait caractériser l’amour ? Comment ces plateformes peuvent-elles rendre possible le coup de foudre marquant, dans notre imaginaire, la relation amoureuse ?

Deux réponses sont envisageables. D’une part, on constate que plusieurs sites de rencontres réintroduisent dans leurs propositions un élément de hasard ou de non calculé. C’est notamment l’exemple d’OkCupid qui propose des blind dates. L’algorithme met en relation deux personnes de façon aléatoire et propose un rendez-vous sans dévoiler à chacun des protagonistes le profil de la personne qu’il va rencontrer.

Un autre facteur peut également relier l’amour calculé à l’amour magique : la complexité du dispositif technologique est très souvent perçue comme magique. Le fait de ne pas connaître les algorithmes et le mystère qui entoure leur fonctionnement implique une sorte de rapport magique à l’objet technologique. La présence du calcul n’enlève pas la part de hasard et de magie. De cette manière, les algorithmes tentent de préserver l’aspect enchanteur qui semble devoir caractériser une relation amoureuse. Il serait alors facile de penser qu’au lieu que transformer l’amour en une marchandise, ces plateformes essaient d’en préserver une part d’authenticité : en d’autres termes, on pourrait affirmer que les sites de rencontres ont pour effet de promouvoir, même auprès des sceptiques, l’idée qu’une rencontre amoureuse romantique est possible. L’élément algorithmique se présente ainsi comme une sorte de garantie rationnelle de la possibilité de l’amour.

Conclusion

Bien évidemment, je n’ai ici exposé que des intuitions qui sont en fait des pistes pour une recherche plus approfondie. À partir de celles-ci, il faudrait d’abord essayer d’identifier de façon systématique les résonances des différentes conceptions de l’amour ayant marqué notre culture, dans l’idée d’amour proposée par les sites de rencontres. En particulier, il me semble que trois conceptions influencent la notion cachée derrière ces plateformes: celle du Moyen Âge, l’idée romantique et la conception du cinéma hollywoodien. Au Moyen Âge, on trouve notamment le rapport étroit entre amour et vision7, qui semble être l’un des piliers de l’amour proposé par les sites de rencontres : on peut tomber amoureux car on peut tout voir. Dans l’amour romantique, et surtout dans son réinterpretation mainstream hollywoodienne, les idées de rencontre nécessaire et de magie coexistent parfois. C’est le cas, par exemple, de l’amour de Fabrice pour Clélia dans la Chartreuse de Stendhal : le sentiment qui relie les amants est d’une nécessité absolue, pratiquement une loi de la nature. Les deux êtres sont destinés à se rencontrer, malgré les difficultés contingentes et les aléas de la vie. Cette nécessité est pratiquement mathématique. Dans ce sens, les calculs de l’ordinateur peuvent lui rendre justice, car au milieu de millions – et même de milliards – de personnes, ils sont capables de trouver celle à qui l’on est prédestiné, même si celle-ci vit ailleurs, même si nous n’aurions jamais eu l’occasion de nous rencontrer autrement. La puissance de calcul n’offre donc pas la possibilité d’une démarche donjuanesque, mais elle devient la garantie d’un amour qui assume sa nécessité, au-delà des conventions sociales et des événements hasardeux de la vie.

Dans cet esprit, les amours décrites dans les grands classiques du cinéma (comme Casablanca, ou An Affair to Remember) présentent les mêmes aspects : les rencontres les plus improbables sont provoquées par une sorte de force supérieure. Ainsi la nécessité et la fatalité de l’amour sont-elles liées à une sorte de mystère : les forces du destin ont quelque chose de magique. Encore une fois, il me semble que l’on peut retrouver cette idée dans la composante ésotérique des algorithmes et des calculs numériques : extrêmement fiables et précis, et en même temps incompréhensibles et mystérieux. La rationnalité du calcul est associée à la magie romantique d’un destin impénétrable.

Une analyse de ces topoi littéraires accompagnée d’une étude approfondie des textes présentant le fonctionnement des algorithmes, nous aiderait à mieux cerner la façon dont les sites de rencontres conçoivent l’amour.Ensuite, une étude précise du système de profilage se révèlerait essentielle : quelles informations chacun de ces sites considère-t-il comme fondamentales pour proposer des matchs ? Sont pris en compte les goûts, les comportements, l’état civil, les préférences sexuelles… Comment ces données sont-elles traitées ? Comment sont-elles mises en relation ? Et surtout : pourquoi ? Un tel travail d’analyse me paraît fondamental. L’impact du numérique, comme je l’ai déjà souligné, est culturel, et les pratiques numériques façonnent nos visions du monde. Comprendre l’idée d’amour telle qu’elle s’exprime à travers les algorithmes des sites de rencontres devient donc indispensable pour comprendre plus largement la conception de l’amour dans notre société.


Pour citer cette page

Marcello Vitali-Rosati, « Les algorithmes de l’amour » dans MuseMedusa, <http://musemedusa.com/dossier_2/marcello_vitali-rosati/> (Page consultée le 13 décembre 2017).


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