H. G.

Benjamin Gagnon Chainey
Université de Montréal

Benjamin Gagnon Chainey est physiothérapeute en réadaptation neurologique et étudiant au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. De cette dualité de parcours est né un intérêt pour les tensions entre les discours, les subjectivités et les disciplines ; une fascination pour la porosité des relations – de soin, de corps et de langage – tant des points de vue clinique que littéraire. Hervé Guibert attire son travail et son écriture.


À travers la salle d’attente j’appelle votre nom vous êtes là, assis à côté d’un jeune homme que je crois connaître, une jeune fille qui vous regarde vous lever d’un bond vous mettre à marcher promptement à ma suite. En me retournant je vous vois vous retourner vers eux, darder leurs regards du vôtre piqué d’une pointe ardente de jalousie. Vous semblez agité.

Je marche dans le corridor vers la salle d’examen tout au fond, derrière moi je vous entends marcher haletant poussant de petits râles le souffle court en saccades. Ne vous voyant pas je vous imagine les yeux vaguement honteux dans votre défroque la verge dans votre main de voyeur.

J’entre dans la salle d’examen tire le long papier stérile blanc sur le lit noir, la table matelassée. En volte-face je m’aperçois dans une des glaces qui la surplombent à sa tête à son pied. Je me trouve rêche un peu brute je ferme les yeux j’ouvre les yeux : esquisse un sourire. Peut-être serait-il plus joli rouge ? Je replace une mèche rebelle qui saille de mes cheveux ébouriffés, gominés. Peut-être seraient-ils plus beaux bouclés ? Comme les vôtres ? Dans l’une des glaces je me vois charretière punk détourne le regard ; dans l’autre glace je me vois ébauche de femme désirable abaisse le regard ; sur ma poitrine absente la lyre et la membrane à double fréquence de mon stéthoscope pendent inertes mais ne se touchent pas ; je me ressaisis je suis : votre éminent médecin du sida.

Derrière moi je vous entends entrer dans la salle d’examen, vous demande de fermer la porte en silence vous la fermez. J’entends le bruit sourd du loquet qui s’enclenche nous sommes tous les deux ensemble : enfermés ici. Tout autour des rumeurs maladives que nous ne percevons plus, le silence rigide de frémissements confidentiels, le blanc immaculé des murs sans porte de secours et la froideur du métal : des couvercles ceignant les bocaux de verres, des instruments stériles nous renvoyant l’ombre de nos reflets, déformés.

Sans me retourner je vous demande de vous déshabiller, de tout enlever sauf votre slip. Vous respirez calmement. Dans mon dos j’entends les boutons de votre chemisier se défaire, l’étoffe de coton qui se défile frôle la peau de votre torse tombe de vos larges épaules : squelettiques. Sur ma nuque je reçois l’ample coup de vent de votre bras battant l’air du drapeau de reddition qui le recouvrait, puis s’immobilise. J’entends le bruit nu d’un linceul qui tombe sur le sol, à travers de vagues effluves de sueur.

Sans vous regarder je cherche votre dossier dans la bibliothèque, les registres je le trouve : H. G. Il est massif de ses sections dissections, racorni par endroits. Dans mes mains desséchées je tiens le livre de votre vie que l’on écrit ensemble, depuis qu’elle a décidé de se défiler toute seule. À travers mes lunettes je l’effeuille l’efflore du bout des doigts, le parcours avide de mots, d’analyses. Je suis nerveuse mais vous n’en voyez rien : je refoule seule l’angoisse du prochain chapitre que l’on écrira aujourd’hui, à quatre mains.

Vous êtes toujours derrière moi je ne vous vois pas, ne sais pas si vous me regardez. Des doigts je vous entends saisir les rebords de votre ceinture de cuir, l’agiter dans la boucle cuivrée qui la jugule. Je vous entends la dégager de la pointe qui la transperce, la retient lovée autour de votre taille. D’un geste violent vous la tirez la faites claquer sur vos crêtes vos iliaques proéminentes vous inspirez. Dans le silence de votre souffle retenu, j’entends la boucle qui tinte au sol en le percutant, entraînée par sa longue lanière de peau morte qui s’enroule à vide sur elle-même vous expirez. Distraite un instant je crois entendre l’écho d’un petit coutelas qu’on échappe, le bruit mat d’un fouet qu’on laisse choir ennuyé.

De nouveau dans votre dossier je tente de me concentrer. Je lis survole révise. Ma gorge se serre un peu en arrivant au chapitre critique ; les résultats de vos derniers tests sanguins, le sommet en creux le seuil en pointe de vos lymphocytes ; vos T4 qui entament implacables notre volonté de nous battre côte à côte : 150 : en deçà du seuil fatidique. Je n’ose pas la voir la savoir : l’imminente arrivée de votre condamnation.

Derrière moi torse nu vous continuez de vous déshabiller. En lisant j’entends les dents de votre braguette qui s’entrouvrent, se décrispent entre vos doigts. Votre pantalon gris tombe sourdement sur la maigreur de vos chevilles. Sans parler vous levez une jambe, retirez une chaussette vous oscillez. Vous levez l’autre jambe, retirez l’autre chaussette vous oscillez à nouveau, rattrapez de justesse votre équilibre.

En slip dressé derrière moi vous dites : « Je suis prêt Docteur D. »

Je me retourne, plante impassible la froideur de mon regard dans la chaleur effarée du vôtre ; j’esquisse un autre sourire sous mes yeux vacillant au-dessus de votre slip rose, bombé de la lourdeur de votre sexe je dis : « Prenez place sur le dos M. G. Nous allons commencer l’examen. »

Je me lève replace mon sarrau blanc. De mes mains sèches, rouges sentant les gitanes que je fume à la chaîne ces derniers temps j’entrecroise la lyre et la membrane à double fréquence de mon stéthoscope autour de mon cou gracile malgré les nœuds, pour ne pas qu’il tombe d’un côté je vous demande : « Alors ce caméscope ? Vous ne l’avez pas apporté ? Vous ne voulez plus faire votre film ? » Vous semblez embarrassé étouffez un petit gloussement vous répondez : « C’est encore trop tôt. Je n’ai pas envie de mettre ce machin impudique entre nous. »

Vers la table vous marchez à tâtons sur la pointe des pieds d’une petite fille sournoise d’un amant fugitif apeuré d’être surpris en flagrant délit. Je vous regarde marcher rachitique dans votre slip rose votre sexe balance d’un côté, de l’autre vous arrivez près de la table d’examen vous hésitez. En vous penchant vous posez les mains dessus abaissez la tête, reprenez votre souffle. Dans votre dos je regarde vos vertèbres qui saillent pointues, frémis de crainte qu’elles ne vous déchirent la peau : je me retiens de venir vous caresser, vous réconforter. Lentement vous vous retournez, appuyez vos fesses décharnées sur le rebord de la table vous dites : « Il faudra m’aider Docteur. Seul, je n’y arrive plus ».

Innocent soumis, de ma merci dépendant vous ricanez mal à l’aise, comme livré à moi ma science. Je m’approche prestement de vous qui esquissez un recul je dis : « Visez l’oreiller de votre tête : je me charge des jambes. » Tombant de votre regard je m’agenouille à vos pieds, enlace vos jambes à la hauteur des genoux. Sur les cheveux de mes tempes le frôlement cotonneux de votre slip rose vous dites : « Prête ? » Je m’assure de la douce fermeté de ma prise sur vos jambes, du moindre risque qu’entre mes doigts elles ne se défilent ou se brisent je dis : « Prête. » Vous inspirez profondément en vous laissant tomber sur votre flanc, le contre-ballant de votre torse nu entraîné par l’élévation de vos jambes contre ma poitrine : l’inversion de nos positions dans la lumière surplombant la table d’examen vous dites : « Quelle expertise Docteur ! »

Je délie mes mains jointes entre vos jambes, vous soulevez votre bassin d’un petit sursaut, libérez mes bras qui demeurent élevés un moment au-dessus de votre corps qui peine à prendre position. Sans parler j’agrippe vos hanches, leur rondeur osseuse comble parfaitement le creuset de mes paumes qui se recourbent. Dans un mouvement rythmique coordonné nous les stabilisons sur le papier, sa déchirure dissimulée sous votre nouvelle immobilité. Doucement mes mains remontent, longent vos flancs vous frissonnez. Je bute sur vos côtes flottantes délicate je replace vos larges épaules ; mon regard croise à nouveau le vôtre je perçois : au fond de vos yeux la pointe d’une excitation de la voir dans les miens vous dites : « Me voilà tout à vous Docteur ».

Je ne réplique pas me redresse me tiens debout flegmatique à la hauteur de votre slip. Dans le silence l’éclat d’une gifle, celle des gants de latex sur la peau de mes poignets, de mes mains immobiles entre le repos et le garde-à-vous. Mes yeux se rivent droit devant les vôtres s’accrochent au plafond de chaux ; la droiture blanche de mon sarrau scinde votre corps en deux ; dans mon dos j’imagine une croix de chair fraîche et de froide rigueur : la brutalité de deux corps qui se croisent fébriles dans l’attente, mais n’osent plus se regarder.

Je rassemble mes esprits, abaisse à nouveau mon regard sur votre corps tous les regards des hommes passés l’ayant évidé de ses râles en giclées, en soupirs votre respiration s’accélère d’instinct mon œil retrouve son aplomb, dans cet instant suspendu d’avant l’examen je le bride : lui passe la laisse autour du cou. Je l’oriente vers le comblement de la page blanche appelant l’implacable discours de mon diagnostic ; sa traduction réussie en un traitement de votre corps dépourvu qui m’implore en silence dans la nudité de notre relation : notre contrat scellé par votre nudité à moi exposée.

Je m’approche de vos pieds les attrape, comme si je les sentais déjà me fuir craindre le chatouillement la douleur exquise d’une pointe dans leur plante ; le réflexe qui m’assurerait de l’intégrité de votre système nerveux central : de l’absence d’une dégénérescence en lui entamée vous dites : « Vous avez les mains chaudes Docteur. » Je me déplace vers le bas de la table je réponds : « Seulement car vos pieds sont froids M. G. »

Je vous sens vous détendre à mesure que je les pétris, contourne vos malléoles du bout des doigts pour en déceler l’épanchement. Je remonte tranquillement la courbe de vos arches pour terminer avec la grosseur de votre hallux dressé entre mon pouce et mon index je dis : « Comme d’habitude M. G. Fermez les yeux et dites-moi : vers vous ou vers moi ? » Je bouge alors l’extrémité de votre membre dans un mouvement de va-et-vient du poignet, entre votre visage et le mien je tends l’oreille à votre incantation hésitante, votre perception du mouvement que je vous impose de définir vous dites : « Vous. Moi. Vous. Vous. Moi. Moi. Vous. Moi. Vous. Vous. Moi. » Dans cette blême grégarité des vous et moi branlant je répète le mouvement avec votre autre hallux pincé entre mes doigts, un instant je vous crois bluffant, tente de vous piéger en cessant de l’agiter vous dites : « Pourquoi vous arrêtez-vous Docteur, mes réponses ne vous plaisent pas ? » Je lâche prise humide m’essuie du revers de l’avant-bras le front qui commence à briller dans la chaleur de notre manège je dis : « Non. Rassurez-vous M. G. Votre sensibilité profonde est intacte. »

Soulagé vous soupirez alors que je plonge ma main dans la poche de mon sarrau, sens la froideur métallique du marteau-réflexe que je saisis par la partie percutante, à l’envers. Sans vous avertir je pique la pointe de son manche dans votre talon, rafle votre voûte plantaire d’un vif zigzag, horripilant. Vous vous contractez violemment, un gémissement rauque s’échappe de votre gorge nouée. Dans un brusque réflexe de retrait votre pied se crispe, vos orteils se rétractent en griffes vous criez : « Vous êtes une sadique Docteur D. » Indifférente je répète la manœuvre sous votre autre pied en riant de voir ses orteils griffer le vide à leur tour je réponds : « Seulement parce que vous êtes masochiste M. G. » Vous ouvrez vos yeux hors d’haleine me regardent vous regarder satisfaite de votre réactivité nous échangeons : un sourire complice.

Je remonte le long de vos jambes filiformes, pense à la suite de notre rencontre dans ma tête je chasse : les T4 à 150 criant du fond de votre dossier ouvert sur mon bureau, l’âpre goût de cendre qu’ils forment au creux de ma bouche. Je m’approche de votre bas-ventre, joins mes doigts gantés les insère dans la fente sombre entre votre peau et l’élastique de votre slip. Je pétris, palpe votre abdomen à la recherche d’une masse d’une protubérance inopportune je remarque : un halo rouge sur le bombement rose de votre sexe : une goutte de sang imprégnée dans le tissus je vous demande : « Saignez-vous de l’urètre M. G. ? » Sous mes doigts votre ventre se creuse vous répondez : « Parfois. Rarement Docteur. » Je retire mes mains vous fermez les yeux. En m’entendant déchirer le sachet d’un long coton-tige stérile vous dites : « Non. Pas maintenant. Pas aujourd’hui Docteur. » Je m’arrête vous regarde durcir allongé devant moi je dis : « La prochaine fois sans faute M. G. » Vous replacez votre sexe, raidi comme une trique vous rétorquez : « Qu’est-ce qu’il y en a à foutre pour un type qui a la mort dans les couilles ? »

Je ne réplique pas jette le sachet déchiré du coton-tige saisis mon stéthoscope enroulé autour de mon cou. J’enfonce les embouts de la lyre au creux de mes oreilles ; entre mon pouce et mon index je tiens la membrane à double fréquence. Je la dépose froide dans le creux anatomique de votre poitrine, l’entonnoir thoracique de naissance duquel vous aviez honte lors de notre premier rendez-vous, mais qui maintenant à vos yeux se transforme presqu’en caresse vous dites : « Je n’ai pas eu le choix de ce corps Docteur. » J’écoute votre cœur battre, tente d’en apprécier le rythme d’en déceler les irrégularités je recherche : les galops les souffles : les bruits qui témoigneraient d’une turbulence du flot sanguin s’y déversant. Je fronce les sourcils retourne la membrane vous demande : « Respirez très fort. Par la bouche. Ouverte M. G. » Vous ouvrez la bouche respirez fort je déplace la membrane capturant l’air emplissant vos poumons je dis : « Retournez-vous vers moi ». J’appuie alors mon ventre sur la nudité du vôtre, penchée sur vous je vous englobe recherche avide ces mêmes rumeurs dans votre dos : l’hypothétique appel au secours de vos fonctions vitales. Ce n’est pas aujourd’hui que je l’entendrai je proclame : « Vous avez bon cœur M. G. » Vous riez en vous retournant sur le dos vous répondez : « Si vous le dites Docteur. »

Je m’approche enfin de votre tête droite replace une boucle qui pend sur votre front. Je regarde un instant votre visage. Je le trouve beau. Je plonge ma main dans l’autre poche de mon sarrau saisis un long sachet aplati que je déchire vous dites : « Non. Pas l’abaisse-langue, je sais ouvrir tout seul. » De mon bâton lumineux j’inspecte tous les recoins de votre bouche. Je l’imagine un moment pleine d’un sexe d’homme de l’absence emplie d’un sexe de femme. Je pense à V. dont vous étiez fou dansant avec son sexe sous votre palais le spectacle par vous raconté d’hommes s’abreuvant à tour de rôle à la toison d’une femme enfonçant sa langue au fond de votre gorge, la rumeur du chancre syphilitique qu’elle y déposa et qui disparait maintenant doucement, dans la vapeur d’un soupir de détente. Je range mon bâton passe ma langue sur ma lèvre inférieure pose mes doigts gantés au creux de votre cou. De chaque côté de votre larynx je palpe les ganglions de votre gorge chaude vous avalez. Je sens qu’entre mes mains vous prenez du plaisir à vous abandonner des plaisirs déchirants vous me demandez : « Ils enfleront à nouveau ? » Instamment je réponds : « Peut-être un jour. »

Je glisse alors mes mains de chaque côté de votre cou m’accroche au passage à vos boucles qui pendent. Sous votre nuque mes mains se rejoignent, tendue je la masse la palpe aussi. À travers votre gémissement j’entends l’écho fatal de vos T4 qui ressurgit de votre dossier près de nous, cependant que devant votre gorge mes pouces gantés se touchent je pense : « Et si je les serrais ? » Vous cessez de respirer en ouvrant grand les yeux dans les miens, obscurs d’un furtif tressaillement je dis : « L’examen est terminé M. G. Vous pouvez vous rhabiller. »

Perplexe je regagne mon bureau, le dossier ouvert attendant mon verdict – coupable ou non coupable – derrière moi vous agrippez le revers de vos jambes au même endroit où je les avais enlacées pour vous aider à monter. Sans vous voir je sais comment vous vous y prenez pour vous rassoir et descendre : « la méthode G. » qui vous est propre : celle de vous recroqueviller sur vous-même et de vous retourner, vous laisser entraîner vers le sol par le contrepoids de vos jambes squelettiques. Je me souviens de cette autre fin d’examen où nous en avions rigolé, cette même fois où vous m’aviez expliqué pourquoi vous quittiez Docteur C. pour moi : comment l’affection s’était immiscée subrepticement entre vous, comment elle minait maintenant l’efficacité de votre relation, au péril des chances de vous sauver la vie. Aujourd’hui en regagnant le petit tas de linge laissé tout près de mon bureau vous ne dites rien. Le nez rivé dans mon dossier je lutte contre l’envie de me retourner, de vous voir peiner à vous rhabiller, tenter de lire dans le langage de mon corps sain mon pronostic sur la longévité du vôtre. Le téléphone sonne je réponds, derrière moi vous cessez de vous habiller au garde-à-vous tendez l’oreille. C’est toi qui m’appelle pour me demander si l’on se voit ce soir : au café au tennis au ciné chez toi ou chez moi ou chez vous tous à l’affût derrière moi qui vous demandez comment me prendre, comprendre ce qui me passe avec soi tu me demandes : « Tu es occupée ? » Sur le fil je te réponds : « Je suis avec un patient je n’ai pas le temps. Oui. Avec lui. » Immobile à demi nu derrière moi votre respiration s’intensifie tu me demandes : « Tu as pensé à moi aujourd’hui ? » Du bout du fil d’impatience qui se tend entre toi et vous et moi je te réponds : « On se reparle plus tard d’accord ? On m’attend. » Je raccroche sans ajouter un mot, reprends ma plume étendue coulant au contact du papier blanc vous me demandez : « C’était à quel sujet Docteur ? » Prestement je réponds : « Le bureau des antiviraux M. G. On désirait confirmer la balance de mon dernier inventaire. » Sceptique vous continuez à vous rhabiller de l’écriture de mes impressions dans votre dossier parcouru de ma main déstabilisée par le cri de vos T4 que je refuse d’entendre, que je tente de contrebalancer en ouvrant de l’autre main le registre des antiviraux. L’AZT n’est plus d’aucun secours pour vous : elle vous intoxique. Haletant mon doigt glisse donc le long d’une autre colonne : celle du DDI – le protocole compassionnel dont votre survie dépend à présent je lis : « épuisé, épuisé, épuisé, épuisé, épuisé. »

Habillé dressé derrière moi vous dites : « Je suis prêt Docteur D. Mademoiselle. »

Je me retourne, plante la chaleur troublée de mon regard dans la froideur assurée du vôtre ; j’esquisse un autre sourire devant votre corps perdu dans le trop d’ampleur de vos vêtements je vous demande : « Quel jour sommes-nous M. G. ? »

Côte à côte nous marchons en silence vers la porte que j’ouvre hésitante, irrésolue. Dans son embrasure nos corps sur le point de s’éloigner se tiennent debout face à face, dans cette infime distance les séparant d’une étreinte vous me répondez :

« Le jour de notre rendez-vous »


Pour citer cette page

Benjamin Gagnon Chainey, « H. G. » dans MuseMedusa, <http://musemedusa.com/dossier_2/benjamin_gagnon_chainey/> (Page consultée le 13 décembre 2017).


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