ISSN 2369-3045

Don Juan ou le pouvoir de la séduction

Avant-propos

Catherine Mavrikakis et Andrea Oberhuber

Don Juan, une figure à visage double

Catherine Mavrikakis
Andrea Oberhuber

Andrea Oberhuber est professeure à l’Université de Montréal où elle enseigne les littératures française et québécoise, notamment l’écriture des femmes (XIXe-XXIe siècles), les avant-gardes historiques et les rapports texte/image (littérature et photographie). Elle a dirigé, entre autres, le collectif Claude Cahun : contexte, postures, filiation. Pour une esthétique de l’entre-deux (2007) ainsi que les dossiers « Voir le texte, lire l’image » (Dalhousie French Studies, no 89, 2009) et « À belles mains. Livre surréaliste, livre d’artiste » (Mélusine (no 32, 2012). Son essai Corps de papier. Résonances est paru en octobre 2012 chez Nota bene.

Catherine Mavrikakis est professeure de littérature et de création à l’Université de Montréal. Elle est aussi romancière et a publié cinq romans, dont Le ciel de Bay city et Les derniers jours de Smokey Nelson aux éditions Héliotrope (Québec) et aux Éditions Sabine Wespieser (France).

Études

María Dolores Picazo

Le discours de la séduction en toutes lettres : Merteuil vs Valmont

Auteure
Résumé
Abstract

María Dolores Picazo est professeure à l’Université Complutense de Madrid où elle enseigne la littérature française. Elle s’intéresse notamment aux écritures du moi et de la mémoire, aux genres de non-fiction et aux rapports qu’entretiennent textes et images. Elle est l’auteure de nombreux travaux, dont « La nouvelle de Marguerite de Navarre entre le “devis” et le commentaire » (dans Métamorphoses du roman français, 2010), « L’âge d’homme à l’origine de l’écriture mémorielle contemporaine » (dans Les supports de la mémoire, 2012), « Autobiografía y erotismo en Michel Leiris » (Semioesfera, 2013). Elle a également codirigé le collectif Entre escritura e imagen. Lecturas de narrativa contemporánea (2013).

Dans le jeu de la séduction, le langage vient à développer une fonction essentielle, à la fois comme instrument privilégié de la démarche amoureuse et comme composante inhérente au projet séducteur en lui-même. À partir d’une relecture éminemment rhétorique des Liaisons dangereuses de Laclos, la réflexion qui suit, s’appuyant surtout sur l’échange de lettres entre Merteuil et Valmont, cherche à mettre en évidence la portée persuasive de l’écriture épistolaire dans le discours de la séduction.

Après une revue des traditions du roman sentimental et du roman libertin, la réflexion se centre, dans un premier temps, sur les différentes fonctions rhétoriques de la lettre dans Les liaisons dangereuses et, dans un second temps, sur le dispositif argumentatif mis en place, dans lequel l’ironie s’avère la figure centrale, en accord avec l’ambiguïté propre à tout processus de séduction.

In seduction game, language plays an essential role, both as a crucial ingredient in love dynamics itself and a key factor in the seduction process. Based on a rhetorical reading of Laclos’ Dangerous Liaisons, and especially on the letters between Merteuil and Valmont, this paper intends to show the importance of the persuasive element in the epistolary writing of seduction.

After a review of the sentimental and libertine novel tradition, the essay focuses first on different rhetorical functions of the letters in Dangerous Liaisons and afterwards on the argumentative dispositive itself, where irony becomes the central figure, in accordance with the characteristic ambiguity of seduction process.

Massimiliano Aravecchia

Le « Don Juan aux enfers » de Baudelaire entre Théophile et Théophile

Auteur
Résumé
Abstract

Massimiliano Aravecchia est doctorant en littérature française du XIXe siècle à l’Université de Western (London, Canada). Ses recherches portent sur les rapports entre l’œuvre de Baudelaire et le genre de l’élégie ; il s’intéresse aussi à la question des genres et de la redécouverte de l’histoire littéraire au romantisme. Son article « “Tu m’a donné ta prose et j’en ai fait un vers” : Baudelaire et la poétique de l’échec » est actuellement sous presse pour la revue Dalhousie French Studies.

Poème parmi les plus anciens des Fleurs du mal, le « Don Juan aux enfers » revêt une importance majeure au sein de la poétique baudelairienne. À travers la mise en scène d’un mythe constitutif de l’imaginaire romantique, Baudelaire fait état de l’héritage poétique de cette saison révolue ; il thématise aussi l’impasse dans laquelle se trouve sa génération, coincée entre l’imitation stérile d’un âge d’or de la poésie et les nouvelles conditions du marché littéraire. Étape liminaire d’une esthétique de la modernité en ce qu’il représente un topos à dépasser, le « Don Juan aux enfers » se construit alors dans un dialogue avec son époque, tout particulièrement avec les œuvre de Théophile Gautier : cet étrange type de poète libertin et romantique que Gautier avait représenté sous les traits de Théophile de Viau dans Les grotesques (publiées dans la presse en 1834-1835 mais recueillies en volume dix ans après) joue certes d’une quelque importance au sein de l’intertexte du poème baudelairien.

“Don Juan aux enfers,” one of the earliest poems of Les fleurs du mal, has an important role in Baudelairian poetics. By representing one of the most significant romantic myths, Baudelaire openly engages with the poetic and thematic legacy of Romanticism, and depicts the particular literary impasse of his generation, which was caught between the mere imitation of a poetic golden age and the conditions imposed by a new literary market. Representing a preliminary step towards Baudelaire’s aesthetics of Modernity, “Don Juan aux enfers” embraces a topos, while overtaking it at the same time. This poem builds itself within a dialogue with existing contemporary literary works, drawing on some of them, particularly on Gautier’s Grotesques. In his Grotesques (published between 1834 and 1835, and collected in a volume ten years later), Gautier depicts Théophile de Viau, a hybrid kind of poet who is both a libertine and a romantic, and who is a possible model for Baudelaire’s “Don Juan aux enfers”.

Martine Lavaud

Portrait de Don Juan en dandy photophile


Auteure
Résumé
Abstract

Martine Lavaud est maître de conférences à l’Université Paris IV Sorbonne. Spécialiste de Théophile Gautier, des rapports entre littérature et médias, sciences et photographie, elle a dirigé un volume, La pierre et la plume. L’écrivain et le modèle archéologique au XIXe siècle (Y. B. éditions, 2007), codirigé un dossier sur Le portrait photographique d’écrivain (revue en ligne Contextes, no 14, 2014), et proposé une édition de Théophile Gautier, Fortunio. Partie carrée. Spirite (Gallimard, coll. « Folio Classique », 2011).

Quoique Baudelaire en eût pu penser, les rapports entre Don Juan et la photographie sont pétris d’affinités, tant le mythique séducteur se prête à la médiatisation, et semble participer à ce qui préfigure la société de consommation et le rapport compulsif de la modernité aux images. Il est probable qu’un tel mythe ne pouvait ainsi éclore que dans une société de la transition culturelle dont le clair-obscur caractérise aussi, selon Baudelaire, l’émergence des « dandys ». C’est bien ce dont Les amours de Don Juan (1898), nourris par le succès de deux chanteuses fétiches, Lise Fleuron et Amélie Diéterle, se sont spontanément emparés, sans pour autant renier l’héritage historique d’un mythe que sa médiatisation a pu, cependant, vulgariser, et faire chavirer du côté de la stéréotypie.

Whether or not Baudelaire would agree, the aristocratic Don Juan is photogenic and mediatized. The passage from the singularity of the painted portrait to the multiplicity of images in the age of Nadar signals the end of pictorial monotheism and marks the beginning of what one may call photographic polygamy. One painted portrait of Dom Juan and many photographic ones exist. The age of Nadar signals the end of pictorial monotheism and marks the beginning of what one may call photographic polygamy. How does the twentieth century, inventor of modernity and creator of the « dandy » who, as Baudelaire explains, kills aristocracy and promotes bourgeoisie, transform the myth of Don Juan ? This article shows how the new technology of photography gives rise to an astonishing art form that combines modernity and tradition : the photo-romance, well illustrated by Les Amours de Don Juan (1898). Lise Fleuron and Amélie Diéterle, two famous singers of the time, update the (glorious) myth of Dom Juan by inventing a new aesthetics for it while at the same time maintaining its historical significance.

Aurélia Gournay

De Don Juan aux Don Juanes : la séduction donjuanesque à l’épreuve de la féminisation du mythe


Auteure
Résumé
Abstract

Aurélia Gournay est agrégée de lettres modernes et docteure en littérature comparée. Elle enseigne à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Ses recherches actuelles portent sur les questions d’intermédialité dans les réécritures contemporaines des mythes. Elle a publié entre autres un article dans la Revue de littérature comparée sur « Don Juan et ses doubles au XXe siècle ». Sa thèse, intitulée « Don Juan en France au XXe siècle. Réécritures d’un mythe », est en cours de publication.

Essentiels au fonctionnement du scénario mythique, les personnages féminins ont vu leur importance grandir dans les versions successives du mythe de Don Juan. Victimes passives du séducteur à l’origine, les femmes deviennent, au XXe siècle, des figures complexes qui remplissent des rôles variés dans l’intrigue et disposent d’une réelle profondeur psychologique. Cette redéfinition de ce que Jean Rousset nomme le « groupe des femmes » est liée aux changements des mentalités et des rapports entre les sexes. N’ayant plus à craindre pour leur honneur, les femmes ne redoutent plus Don Juan et cherchent même à provoquer son désir. Elles peuvent aussi le remplacer, donnant naissance à une nouvelle catégorie de personnages : les Don Juanes. Si Don Juan ne résiste pas toujours à l’émancipation des femmes, les questionnements soulevés par cette évolution confèrent cependant au mythe des possibilités de renouvellement et expliquent la fascination que le héros mythique continue à susciter.

Essential to the working of the mythical scenario, female characters saw their importance increasing in the successive versions of the myth of Don Juan. At first passive victims of the seducer, in the 20th century women became complex figures who played varied roles and had real psychological depth. The redefinition of what Jean Rousset calls “the group of women” is connected to change in both mentalities and the relationship between sexes. As they do not fear anymore for their honor, women no longer dread Don Juan and even try to provoke his desire. They can also replace him, giving rise to a new category of characters, “the Don Juanes.” Though Don Juan does not always resist the emancipation of women, the questioning raised by this evolution endows the myth with possibilities of renewal and explains the fascination that the mythical hero keeps arousing.

Ania Wroblewski

Séduire pour mieux détruire. Un portrait de l’écrivaine en Don Juan

Auteure
Résumé
Abstract

Ania Wroblewski est docteure en littératures de langue française. Sa thèse, qu’elle a soutenue à l’Université de Montréal en 2014, s’intitule « La vie des autres. Sophie Calle et Annie Ernaux, artistes hors-la-loi ». Elle s’intéresse à l’écriture des femmes, aux théories du quotidien, à la perméabilité des genres et aux rapports qui se tissent entre la littérature et les arts visuels. En 2013, elle a organisé une université d’été féministe au Centre des arts actuels Skol à Montréal.

De septembre à décembre 1997, Norman Rosenthal, alors directeur des expositions à la Royal Academy of Arts expose, sous le titre évocateur de Sensation, divers artistes du nouveau groupe des Young’s British Artists constitué par Charles Saatchi en 1992.

Réfléchissant à la pertinence et à l’actualité de la figure de l’amoureuse identifiée par Simone de Beauvoir dans la partie « Justifications » du Deuxième sexe (1949), cet article étudie les épreuves qu’affrontent les écrivaines contemporaines d’expression française quand elles parlent de l’amour. Quelles libertés peuvent-elles se permettre à une époque où l’influence des déterminismes sexuels sur la promotion et la réception des œuvres d’art est encore très nette ? Quelles stratégies élaborent-elles pour se positionner dans la sphère littéraire d’aujourd’hui ? Par son insoumission et sa rébellion, Don Juan, le séducteur par excellence, constitue un modèle inattendu d’après lequel pourrait être esquissé un nouveau portrait de l’écrivaine contemporaine émancipée.

This article studies the challenges faced by contemporary French female authors who write about love, reflecting on the pertinence and relevance of Simone de Beauvoir’s “Woman in Love,” that is, one of three figures who escape the tyranny of patriarchy by experiencing transcendence within immanence, identified by Beauvoir in The Second Sex (1949). What creative freedoms are contemporary female authors permitted at a time when sexual determinism still weighs heavily on the promotion and reception of works by women? What strategies do they use to position themselves within the literary field? Don Juan, the seducer par excellence, provides an unexpected model for a new portrait of the emancipated contemporary female author.

Rosa de Diego

Le « donjuanisme » de Camus

Auteure
Résumé
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Rosa de Diego est professeure de littérature française à l’Université du Pays Basque. Sa recherche porte sur la littérature française des XIXe et XXe siècles. Elle s’intéresse également à la littérature québécoise, dont elle a travaillé sur le théâtre. Elle a publié, entre autres, Les villes de la mémoire (1997), Antología de la poesía romántica francesa (2000), Historia de las literaturas francófonas. Bélgica, Canadá, Magreb (2002), Teatro de Québec (2002), Albert Camus (2006), Teatro y cine. Textos y miradas (2010), Literaturas fin-de-siglo en Francia (2012).

L’intérêt de Camus pour les mythes, notamment pour ceux – modernes – de Don Juan et de Faust est bien connu. Dans cet article, il s’agira d’abord de comprendre de quelle manière Camus fait de Don Juan l’une des figures de l’homme absurde dans son essai Le mythe de Sisyphe. Ensuite, on étudiera le protagoniste de La chute en tant qu’incarnation du séducteur moderne qui veut profiter du moment présent jusqu’à sa métamorphose en juge-pénitent. Finalement, nous nous intéresserons au projet camusien, entrepris avant sa mort, de réunir les deux mythes, Don Juan et Faust, en un seul, Don Faust.

Camus liked updating myths, especially the two modern myths of Don Juan and Faust. This article analyzes how Camus makes Don Juan into one of the figures of the absurd man in his essay The Myth of Sisyphus. The main character of The Fall is also a modern seductive man who wants to seize the moment until his metamorphosis into a “penitent judge.” In conclusion, before his death, Camus worked on the project to join both myths, Don Juan and Faust into only one, Don Faust.

Samuel Lepastier

L’aïeul pétrifié : présence du mythe littéraire de Don Juan dans Le con d’Irène d’Aragon

Auteur
Résumé
Abstract

Samuel Lepastier, ancien praticien attaché consultant de l’Hôpital La Pitié-Salpêtrière, est directeur de recherche à l’École doctorale « Recherches en psychanalyse et psychopathologie » de l’Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, et chercheur associé à l’Institut des sciences de la communication (CNRS – Sorbonne universités). Ses cent cinquante articles scientifiques interrogent la place de l’inconscient et du corps pulsionnel dans la culture. Il a publié La crise hystérique (Lille, ANRT, 2004) puis L’incommunication (Paris, CNRS-Éditions, 2013) et a coordonné, en collaboration, le numéro 68 d’Hermès : « L’Autre n’est pas une donnée. Altérités, corps et artefacts » (avril 2014). Il est également directeur de publication du site www.aspasia.fr.

Le texte d’Aragon Le con d’Irène (1928), est un petit livre resté interdit plusieurs décennies durant. Le narrateur, démobilisé au lendemain de la guerre, éprouve un malaise que ne parvient pas à dissiper le plaisir de l’écriture jusqu’au moment où il imagine Irène. Celle-ci, sans se lasser, séduit tous les hommes qui se donnent à elle plus qu’elle ne s’abandonne à eux. Elle rejette ses amants dès qu’elle est parvenue à tarir pour longtemps leurs forces viriles. Victoire, la mère d’Irène, règne en maîtresse absolue sur le riche domaine agricole familial. Bisexuelle, elle s’est attachée un peuple d’hommes et de femmes. L’aïeul pétrifié par la vérole est réduit au rôle spectateur mutique dans lequel il retrouve une jouissance secrète. Ainsi, le texte d’Aragon contient l’ensemble des éléments du mythe de Don Juan. En subvertissant les codes sexuels, les femmes condamnent les hommes dont elles jouissent. Le Commandeur a été un père abuseur et la mise en scène de Don Juane est une figuration du parricide féminin, nécessaire symboliquement pour que la fille puisse s’affranchir du père.

Aragon’s short novel Irene’s Cunt (1928), remained prohibited during several decades. The narrator, demobilised after the First World War, feels a discomfort despite the pleasure of writing until the moment when he imagines “Irene”. This young woman, without wearying herself, appeal to all men who give themselves to her more than she gives herself to them. She rejects her lovers as soon as she has achieved to dry up their male powers for a long time. Victoire, Irene’s mother, is a despot who rules the rich family farm. As she is a bisexual woman, lot of male and female people became attached to her. The grandfather petrified by pox is reduced to the role of a silent spectator in which he finds a secret pleasure. Thus, Aragon’s text contains all the constituents of Don Juan myth. By subverting sexual codes, women condemn their male partners. As a father, the Commander was an abusor and the dramatisation of Doña Juana is a figuration of female parricide, symbolically required so that daughters can free themselves from theirs fathers.

Martin Hervé

‎En finir avec le beau de la passion : le Don Juan résigné de Walter Siti

Auteur
Résumé
Abstract

Martin Hervé est titulaire d’une maîtrise en études littéraires de l’UQAM. Son mémoire de recherche s’emploie à dégager les motifs et les enjeux d’un rituel sacrificiel et pervers au sein des œuvres romanesques de Jean Genet et de Marcel Jouhandeau. Il s’intéresse également aux représentations artistiques du saint, du monstre et du fou. Anciennement chargé de programmation de la Maison des écrivains et de la littérature en France, il collabore aujourd’hui aux pages critiques de plusieurs magazines et revues, dont Spirale et Salon double.

Avec son deuxième roman traduit en français, Une douleur normale, l’écrivain italien Walter Siti poursuit sa quête métaphysique du désir. Alors qu’il s’est plu à se montrer amant et jouisseur compulsif du corps des hommes dans son premier livre, il se présente ici comme un homosexuel enfermé dans la gangue du couple. Par souci d’exhaustivité – ou bien est-ce dans le projet d’échapper aux rets de l’amour ? – son alter égo fictionnel, Walter, s’acharne à consigner dans le détail les trahisons et les mensonges du quotidien. Si la conjugalité s’avère pour lui impossible, alors seul en réchappera le texte né de cette apocalypse de la banalité. Anti-Don Juan en apparence, le narrateur du livre s’inscrit dans la tradition du séducteur transgressif par l’emploi d’un langage luciférien dont la lumière implacable vient éclairer les zones d’ombre de la passion, afin d’en faire jaillir la vérité crue. Vérité d’un sujet de l’écriture obsédé par la connaissance de soi et la quête de la jouissance, qui partage à ce titre une austère filiation avec un autre écrivain, Marcel Jouhandeau. Chez eux, Don Juan n’entretient qu’une seule et fidèle liaison depuis toujours, celle qu’il a contractée avec l’intraitable littérature.

The Italian writer Walter Siti continues his metaphysical research about desire in his second novel translated into French, Une douleur normale. If in his first novel he enjoyed presenting himself as a compulsive lover of men’s bodies, he portrays himself here as a homosexual trapped in the net of the couple. Siti’s fictive alter ego Walter details the betrayals and lies of everyday life, perhaps because he wants to be exhaustive or maybe even to escape the constraints of love. If life as a couple tends to be impossible for him, then only the writing born from this apocalyptic banality will remain. Anti Don Juan in all respects, the narrator of the book, Walter, represents the classic trespassing seducer, using a luciferian language that illuminates the shadows of passion to reveal passion’s blunt truth. This is the truth of a writer, obsessed with the knowledge of himself, who shares an austere affinity with another writer, Marcel Jouhandeau. For them both, Don Juan has only ever had one love affair, that is, an uncompromising affair with literature.

Marcello Vitali-Rosati

Les algorithmes de l’amour


Auteur
Résumé
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Marcello Vitali-Rosati est professeur adjoint de littérature et culture numérique au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal depuis 2012. Après avoir étudié la philosophie à l’Université de Pise et publié une première monographie sur Emmanuel Lévinas, il a obtenu un doctorat en philosophie (Pise/Paris IV-Sorbonne, 2006). Sa thèse (Corps et virtuel. Itinéraires à partir de Merleau-Ponty, publiée en 2009) portait sur le concept de virtuel, notion à laquelle est également dédié son essai S’orienter dans le virtuel (2012). Il a enseigné à l’Université pour étrangers de Pérouse (Italie) et dans des écoles d’art et de technologie à Paris. Il mène une réflexion philosophique sur les enjeux des technologies numériques : la notion d’identité virtuelle (à laquelle est dédiée son essai Égarements, amour, mort et identités numériques, 2014), le concept d’auteur à l’ère d’Internet, et les formes de production, de publication et de diffusion des contenus en ligne.

Les sites de rencontres – en anglais Online dating systems – ont, depuis plusieurs années, acquis une place centrale dans nos pratiques sociales. Comment analyser ce phénomène&nbps;? Comment le comprendre&nbps;? La question n’est pas tant de savoir si les sites de rencontres donnent ou non lieu à de «&nbps;vraies&nbps;» rencontres, mais plutôt sur quels types de valeurs ils se basent et quelles valeurs ils produisent. En d’autres mots, il est nécessaire d’essayer de comprendre l’idée d’amour telle qu’elle est proposée par ces services. Je me concentrerai ici sur les sites qui sont explicitement axés sur l’idée d’amour : l’objectif de ces plateformes est de rendre possible une rencontre à partir de laquelle pourra naître une relation amoureuse durable. Dans cet article j’essaierai de comprendre quelle conception de l’amour se cache derrière les règles des algorithmes de ces sites.

Online dating systems (ODS) have had a central role in our social practices for many years. How can we analyze this phenomenon? How can we understand it? The point is not to know whether or not these services are actually able to facilitate relationship formation, but rather to understand what kinds of values the ODS are based upon and what kinds of values they produce. In other words, it is crucial to understand what ideas of love these platforms are proposing. This paper will focus on the ODS that explicitly have the goal of giving their clients the possibility of meeting someone with whom they can have a love affair or a durable romance. This paper aims to analyze how love is defined according to the ODS algorithms’ rules.

Créations

Anne-Marie Regimbald

Dans l’escalier

Auteure

Anne-Marie Regimbald est née en 1961. Elle est en ce moment rédactrice en chef adjointe à la revue Liberté, où elle publie régulièrement essais et critiques depuis quelques années.

Martine Delvaux

Le collier

Auteure

Martine Delvaux est écrivaine et professeure au Département d’études littéraires de l’UQAM. Elle a publié des romans C’est quand le bonheur? (Héliotrope, 2007), Rose amer (Héliotrope, 2009) et Les cascadeurs de l’amour n’ont pas droit au doublage (Héliotrope, 2012), ainsi que des essais, dont les plus récents sont Les filles en série. Des barbies aux Pussy Riot (Éditions du remue-ménage, 2013) et Nan Goldin. Guerrière et gorgone (Héliotrope, 2014).

Catherine Boschian-Campaner

Violences

Auteure

Catherine Boschian-Campaner est professeure de lettres à l’Université de Lorraine. Spécialiste de la littérature française des XIXe et XXe siècles, elle a travaillé sur Barbey d’Aurevilly et sur le vers libre symboliste. Éditrice de la correspondance de Francis Vielé-Griffin et d’Henri Ghéon aux éditions Champion, elle est l’auteur de biographies, dont Henri Ghéon, camarade de Gide, biographie d’un homme de désirs, parue aux Presses de la Renaissance. Elle a également écrit des poèmes et des nouvelles.

Léonore Brassard

Séduite

Auteure

Léonore Brassard est étudiante en littérature française à l’Université de Montréal. Elle entamera en septembre 2014 une maîtrise en recherche-création, sous la direction de Catherine Mavrikakis. Ses recherches porteront sur le thème de la prostitution dans la littérature. Elle participe de façon parascolaire à la revue littéraire Le pied, où elle se charge de l’édition web. De plus, elle y publie sporadiquement.

Frida Anbar

Cette femme-là

Auteure

Frida Anbar est née au Liban et vit au Québec depuis 1979. Titulaire d’une maîtrise en communication, elle occupe le poste de conseillère aux relations internationales à l’Université de Montréal. En outre, Frida Anbar est chargée de cours et enseigne l’ergonomie des sites web et la conception d’interfaces. Elle est l’auteure de deux romans, Aléas (2012) et Le cordon invisible (2014), et elle prépare pour l’automne 2015 un recueil de poésie intitulé Murmures.

Benjamin Gagnon Chainey

H. G.

Auteur

Benjamin Gagnon Chainey est physiothérapeute en réadaptation neurologique et étudiant au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. De cette dualité de parcours est né un intérêt pour les tensions entre les discours, les subjectivités et les disciplines ; une fascination pour la porosité des relations – de soin, de corps et de langage – tant des points de vue clinique que littéraire. Hervé Guibert attire son travail et son écriture.

Laurent Herrou

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Auteur

Laurent Herrou est écrivain. Son travail, dans le domaine de l’autofiction, lui a ouvert les portes de revues internationales (Pylône et Écritures en Belgique, Brèves et MuseMedusa au Québec, TowerJournal aux États-Unis, Hétérographe en Suisse, et D’ici là, Rue Saint-Ambroise et Monstre en France). Il a travaillé avec Guillaume Dustan (Balland), François Bon (Publie.net) et Félicie Dubois (Emoticourt). Son dernier livre, Journal de bord à Montréal, préfacé par Claire Legendre, est paru chez Jacques Flament sous le titre La part généreuse en février 2014.

Entrevue

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